‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 120 sur 140 · ÉTAT DES PARTIS ET DES BELLIGÉRANTS · texte numérisé non relu

ÉTAT DES PARTIS ET DES BELLIGÉRANTS

pour se faire élire roi de Pologne (1). Avec de telles aspirations, il devait s'opposer à tout traité qui le désarmerait avant que son ambition fût satisfaite; ses négociations secrètes vont nous en donner une preuve éclatante. Retz , de son côté, n'appréhendait rien tant que de diminuer les embarras de Mazarin. Il avait refusé de se mettre à la tête du mouvement proposé par Saint-Gilles (Voy. ch. ix) ; mais l'agitateur infatigable avait plutôt des caprices que des relâches dans ses complots et ses manœuvres. Tandis qu'il dédaignait le concours des jansénistes, il guerroyait le ministre par de nouveaux pamphlets, pour ranimer la confiance des Espagnols en troublant l'opinion en France. Son secrétaire Joly ayant publié sous le nom d'un gentilhomme anglais la critique de Talliance française avec Cromwell, lui-même il lança par toute l'Europe, en diverses langues, et avec beaucoup d'applaudissements, la Remontrance adressée au roi sur la remise des villes maritimes de la Flandre entre les mains des Anglais. De Hollande, ou à Bruxelles, il cabalait, en compagnie de Condé, avec ceux des Espagnols, tels que le marquis de Caracène, qui ne voulaient pas de la paix (2). Derrière ces deux chefs supérieurs, remuait le menu peuple des parlementaires et des nobles, soit au dehors, soit au dedans : le président Viole, réconcilié par l'exil avec Condé, et son émissaire à Rome, et en d'autres intrigues ; Boutteville,

(4) Mémoires inédilsde Lenet.

(2) Mémoires de Guy Joly.

il 2 LA PAIX DES PYRÉNÉES.

Golîgny, Persan, Marchin, tous spoliés de charges ou de régiments dont ils entendaient bien recouvrer la possession sous peine de ne pas poser les armes. A Paris même, le Parlement n'était pas sûr; les vieilles hostilités y fermentaient toujours. En 1 657, un conseiller avait conspiré pour faire livrer Saint-Quentia au prince de Gondé. Malgré une conviction évidente, et en dépit des instances du procureur général, le Parlement, inspiré par le premier président Bellièvre, au lieu de la peine de mort, ne lui infligea que le bannissement perpétuel, c'est-à-dire la liberté d'aller retrouver et seconder au dehors des amis et des complices.

L'Espagne était véritablement épuisée. Après la bataille des Dunes et ses conséquences du côté de la Flandre, la victoire remportée par les Portugais à Elvas (janvier 1659), avait donné aux ministres de Philippe IV une telle irritation que, pour avoir le loisir de se venger du Portugal , ils se résignaient enfin à céder à la France. « Il faut conquérir le Portugal (I ), » répétaient-ils à tout propos. Elle avait de plus contre elle son isolement absolu, l'alliance anglo-française, la ligue du Rhin, l'engagement pris par l'empereur de ne plus intervenir dans le cercle de Bourgogne. Mais ces alliances étaient-elles pour la France aussi assurées qu'apparentes? Celle de Cromwell avait été aussi impérieuse que profitable. Il venait de mourir , le 3 septembre 1658, délivrant l'Europe de celle terreur que

(4) Ha meneslerconqùislar a Portugal.

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