CHAPITRE XIV
Mort de Mazaria. — Le jenne roi.
I. — Derniers jours de la vie de Hazarin. — Établissement de ses niôces. — Sa fortune ; son testament. — Sa mort. — Appréciation de son gouvernement et de son caractère, — Gomment peut s^ezpliquer la persistance de sa faveur.
Mazarin dépérissait visiblement. Sa mort était désormais la meilleure espérance de ses ennemis. On les trouve aux aguets de tout symptôme, de toute nouvelle, inquiets ou rassurés selon que l'heure tant attendue se rapproche ou recule. « Son apothicaire, écrivait un des espions de Retz, a dit qu'il peut vivre jusqu'au printemps, mais il ne faut pas faire fond sur ce jugement... Comme je voulais cacheter, on m'a envoyé un billet pour m'apprendre qu'il a eu une trèsmauvaise nuit. La grosse pierre qu'il a dans les reins le tourmente furieusement (1). » En effet, avant soixante ans, après tant de peurs et de luttes, d'affronts, de travaux et de succès, Mazarin succombait prématurément à cette vie d'émotions meurtrières qui avait tué Richelieu encore plus jeune, et qui devait foudroyer Louvois (2).
(4) Lettre à Retz, par un agent qui ne signe pas, 29 août 4660. Voir le complément des Mémoires de Retz.
(2) Richelieu mourut à 57 ans, Louvois à 50.
ii6 LA FIN DE MAZARIN.
Six mois ! Voilà tout le temps qui lui fut accordé pour jouir de ses victoires au dedans et au dehors ; encore la jouissance n'en fut-elle pas sans mélange, puisqu'il avait toujours devant les yeux le fantôme du cardinal de Retz, et la crainte d'être chassé par ce rival une troisième fois (1). S'il fit deux parts de ce répit, il en consacra au moins la meilleure à son œuvre personnelle qui avait été un des principaux griefs de ses adversaires ; sans négliger entièrement les intérêts publics, il se hâta de compléter l'établissement et la fortune de sa famille, par où il espérait perpétuer son importance dans celle que les siens tiendraient de lui. Il avait déjà marié quatre de ses nièces : l'atnée des Mancini au duc de Mercœur, c'est la mère du grand Vendôme ; la seconde, Olympe, au comte de Soissons, c'est la mère du prince Eugène; l'ainée des Martinozzi au prince de Gonti, c'était une introduction des Mazarins dans la famille royale ; la seconde au doc de Modène, prince souverain ; elle aura pour fille une reine
(4) Dans une lettre adressée à Retz, le 4 septembre 4660, on trouve la relation d'un conseil où assistaient la reine-mère et Mazarin, et dans lequel on débattit la question de se débarrasser du récalcitrant. La reine proposa de lui donner de l'argent et de le confiner à Rome. A la suite de ce conseil, la reine, voyant Mazarin fort en colère, lui dit : « Pourquoi vous mettez-vous en colère, vous me ferez mourir. » A quoi Mazarin répliqua : « £t le cardinal de Retz ? Vous voulez qu'il me cbasse une troisième fois. C'est lui qui nous a troublés, et vous voulez qu'il revienne pour me chasser. Je ne veux pas son retour. C'est lui en donner le moyen que de lui bailler son revenu et ses bénéfices, et lui donner du pouvoir à Rome ; il me ruinerait et ma famille. » Voilà, ajoute le correspondant, ce que j'ai appris de 4a femme de la reine-mère, vendredi, le 3« jour de septembre, vous écrivant le quatrième.*. » Complément.des Mémoires de Retz.