FORTUNE DES NIÈCES DE MAZARIN
d'ÂDgleterre (la seconde femme de Jacques II). Après la paix il pourvut non moins convenablement les trois dernières Mancini. Â la vérité il ne parvint pas à élever une d'elles sur le trône de Charles II, parce que TAnglais, quand il sentit moins vivement le besoin des écus du cardinal, laissa tomber les propositions qu'il avait faites à Tinstigation de sa mère (1). Mazarin refusa de lui-même d'en accorder une au duc de Savoie, parce que la condition de cette alliance aurait été la restitution de Pignerol, et lui aurait fait encourir le déshonneur d'une trahison au lieu de la gloire qu'il cherchait dans l'élévation de ses nièces (S). Mais aucune d'elles n'eut à se plaindre de la position qu^il leur fit. Marie Mancini, celle qui n'avait pu épouser Louis XIV, revenue à la cour après le mariage espagnol, fut fiancée au duc de Tagliacozzo, Laurent Colonna, connétable du royaume de Naples; elle eut pour dot cent mille livres de rentes, et la belle maison de son oncle à Rome. Hortense fut mariée à Charles de La Porte, grand'maître de l'artillerie, fils du maréchal de La Meilleraye, cet ancien surintendant, l'ami et le compagnon d'infortunes du premier ministre au temps des barricades. La dot s'éleva à vingt-huit millions au moins, d'après plusieurs témoignages sérieux, énormité qui donnait des scrupules à La Meilleraye et l'empêcha pendant quelque temps de consentir à ce mariage (3). Les honneurs s'ajoutèrent à l'argent. Le
(4) Motieyille.
(2) Idem*
(3) L'ancien texte de madame de Motteville porte la dot d^Hortense
cardinal légua son nom à La Porte ; le mari d'Hortense devînt ainsi ce duc de Mazarin si célèbre plus tard par ses extravagances et la vie errante de sa femme; mais il eut dans les commencements l'amitié, la confiance du roi, les entrées des premiers gentilshommes, et toutes les distinctions les plus enviées en considération de celui dont il était l'héritier. Restait la plus jeune, la petite Marie-Ànne, à peine nubile, dont on ne pouvait guère régler l'établissement que par avance ; le bon oncle ne l'oublia pas ; il lui destina deux cent mille écus, et obtint la promesse du gouvernement de l'Auvergne pour celui qui l'épouserait. Après la mort de Mazarin 9 Marie- Anne épousa le neveu de Turenne ; elle est la duchesse de Bouillon également connue pour avoir protégé La Fontaine et cabale contre Racine.
Ces bienveillances pour les cadettes ne lui firent pas oublier les aînées. Il fit passer à la princesse de Gonti et à la comtesse de Soissons des places d'honneur qui les mettaient à la tète des dames de la cour ; à la première la surintendance de la maison de la reine- mère, à la seconde la surintendance de la maison de la jeune reine. Il ne négligea pas non plus Philippe Mancini, le dernier survivant de ses trois neveux. Quoiqu'il ait paru le deshériter, en ne lui laissant pas son nom, et en lui substituant un neveu postiche ^ selon le mot du
à 4,500,000 livres de rentes^ en duchés, gouvernements, maisons, etc. Saint-Simon dit que le procès intenté par le duc de Mazarin à son fils après la mort de sa femme, révéla qu'Hortense lui avait apporté vingthuit millions.
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mécontent lui-même (1 ), il en fit le duc de Nevers qui continua longtemps à la cour le parti des Mazarins, osa tenir tête au Grand Gondé , et opposa ses vers et son goût littéraire à la domination de Racine et de Boileau* Il lui assura en France le duché de Nevers à la place des Gonzague, le duché de Ferretti en Italie, le gouvernement de la Rochelle et du pays d'Âunis, et il lui laissa la moitié de sa maison de Paris. Louis XIY compléta le personnage en le recevant chevalier des ordres à vingt ans, en lui donnant la charge de capitaine des mousquetaires, et le régiment d'infanterie dii roi,
La fortune de Mazarin dont ces magnificences dé* noncent suffisamment l'immensité, provenait, comme nous Pavons déjà dit, des revenus de ses gouvernements, des bénéfices réalisés sur les affaires publiques» peut-être de la piraterie que d'autres après tout ont exercée plus tard, sans exciter le même scandale (S), et encore des biens ecclésiastiques accaparés sans pudeur entre ses mains. Il possédait vingt-deux abbayes et les meilleures bien entendu : Saint-Denys en France dont les fermes ne rapportaient pas moins de 40,000 écus, Gluny, la Chaise-Dieu, Saint-Pierre de Corbie, Cercamp, le Gard, Saint-Médard de Soissons, Saint- Lucien de Beauvais, Saint-Martin de Laqn, Saint-Mansuet de Toul, Saint-GIément et Saint-Vincent de Metz,
(1) Un ministre fameux, pour soutenir son nom.
Va pour neveu postiche adopter un Orgon Qui.de ses grands trésors, pieuse frénésie,
Des Tartuffes du temps nourrit l'hypocrisie
(Vers du duc de Ke\ers.)
{i) Madame de Moniespan» Seignelay, minislre de là marine.
SaiaWBénîgne de Dijon, Saiot-Seyne, Saiol-Gerinain d'Au^err^, Saint-Victor de Marseille, Saint-Honorat de Lérip^y Notre-Dame de Grand-Selve, Saint-Pierre de MoisstK^, 8aint-]!Aichel en THerme^ Sainl-Étienne de Gaen, Saint-Pierre de Préaux. Cette longue énumératioQ parlç assez haut d'die-méme contrç le déplorable systèn(ie des commendes, imposé à TÉglise par Tautoxité temporelle ,^ et ruine de Tordre monastique en France par la &ute des séculiers. Une réflexion de ce genre eut-^Ue quelque part dans les scrupules qu'inspira, dit-on, à Mazarin mourant la considéi^atioa d^ ses tj^ésoi:s ? Quel qu'en ait été le motif, il parait avoir eu 4^s doutes^ sw la l^itimité de sa richesses et senti, à r«iPP^oche dvi jugement, le besoin de rassurer sa eon^ Sjpiej»^. U recourut à T wtorité royale pour çonsaer^ sa possession. Il fiit dijre au roi que, comme il tenait totijt de lui, il se croyait obligé à tout lui rendre ; il lui eiivaya en conséquence une donation universelle de ce qUt'il possédait* Le roi, non moins désintéressé, la Uû @t r^[>orter le lendemain. Après ce don fbi?mel, et cette responsabilité acceptée par le souverain, Hazarin ^'hésita plus à disposer en maître de ce que personne i^' avait ^h^ le droit de lui disputer ; ajoutons qu'il en disposa en prince magnifique, et en mim'stre encore sensible à la gloire de l'État après sa mort.
Son testament assigne des legs considérables au roi, aux deux rein.es^ à ses. nièces, à Gondé, à Turenne, aux Espagnols éminents que la diplomatie avait mis en rapport avec lui. Au roi, dix-huit gros diamants, des plus beaux qu'il y eût en Europe, et qui ont conservé
TESTAMENT DE MÂZARIN. i^i
son lÈom : les Ma%arins ; à la reine-mère TaDDeact da grand diamant, appeté k rose d* Angleterre, an diamant brut de 1 4 carats, et Tanneati dn txAàs Cabochon ; à la jenne reine un bouquet de 50 diamants appointé de tott» côtés î à Monsieur, frère du roi, trente et une ém^audes ; au connétabk Colonne une épée à garde de diarafants; à son neveir Mancini, cent vingt miHc livres de pierreries ; à chacmie de ses nièces, quarante mille Kvres, et autant à ses exécuteurs testamentaires ; à do» Louis de Haro, la Flore de Titien, un tableara qui n'a pas de prix ; au comte de FuensaMagne, nttt pendule à boîte d'or, etc., etc. Tels étaienf leaf accessoires et comme le clinquant de cette fortune si soKde d'ailteurs en argent comptant et en biens-fondis; et l'on serait tœté de demander si tant de souffrant;es publiques, d'exactions insupportables, de guerres lentes- et ruineuses, n'avaient dû aboutir qtr'à rempRr les coflfres d'un étranger avide, et à couvrir de brillants sa famille jusque-là obscure et pauvre. Heureusement quelques autres dispositions révèlent chez Mazarin- dfes pensées moins personndles. Après divers legs atnt églises- et aux couvents, comme une réparation de ce qu'il avait tiré de ses- bénéfiees, il déclare un projet^ déjà ancien, d^employer en œuvres^ de charité et de piété les grands Mens qu'il avait reçus de Dieu et dtr prince. Contraint d'en suspendre l'exécution par la Héeessité de tenir en réserve de bonnes sommes pour le service du roi, il le reprenait après là conclusion de la paix qui lui rendait la libre disposition de son argent. II laisse donc les fonds nécessaires» huit cent mille
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écuSy pour établir un collège et une académie où seront élevés les enfants des domaines réunis à la couronne par les traités de Westphalie et des Pyrénées : Alsace, Artois, Roussillon, Piémont (Pignerol). Il donne à cette maison sa bibliothèque, le plus honorable de ses trésors, qui en effet conserve encore aujourd'hui à son nom Testime publique, et il veut que cette collection soit mise à la disposition des littérateurs. Ce legs est Forigine du collège des Quatre-Nations, dont les bâtiments sont occupés de nos jours par l'Institut et la Bibliothèque Mazarine.
Quant aux intérêts publics, Mazarin ne négligea pas d'y pourvoir en se préparant un successeur dans le jeune roi. Son testament politique n'est écrit dans aucun acte formel, mais il est épars dans plusieurs traditions dont l'accord fait l'authenticité ; ce sont des conseils donnés à Louis XIY pour la continuation de la politique qu'il avait fait triompher, et le maintien de l'autorité royale à la hauteur où elle s'était élevée depuis Richelieu. Il l'invita à n'avoir pas de premier ministre, expliquant sans détour, par le mal qu'il aurait pu faire lui-même, tous les dangers d'une pareille puissance (1 )• Il lui recommanda Golbert, son propre intendant, mais grand travailleur, grand administrateur, financier de premier ordre, qui, de la domesticité du ministre, était digne de monter aux plus hauts emplois de l'État. Il le jugea d'un seul mot qui, dans sa bouche, valait tous les éloges : « Je crois m'acquitter
(1) Moueville.