‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 135 sur 140 · TESTAMENT DE MAZARIN. A · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE MAZARIN. A

de tout ce que je dois à Votre Majesté, en lui laissant Colbert(l). > Avec ce roturier, encore plus nouveau que les autres, il recommandait implicitement ceux qu'il avait lui-même conservés, malgré tant de résistances, dans les premières fonctions, et il assurait l'éloignement de l'ancienne noblesse et des princes. Il ne craignit pas d'appeler l'attention du monarque sur le gouvernement des finances, où il avait pourtant plus d'un reproche à se faire à lui-même ; il lui dénonça h dissipation des ressources publiques, et prépara ainsi le procès de Fouquet dont Colbert devait être le promoteur le plus actif. Enfin, dans ce zèle de réparations et de blâme de sa propre conduite, il aurait prié le roi d'avoir dans la distribution des bénéfices une attention exacte au mérite, « à quoi il avoua qu'il avait lui-même bien manqué, et qu'il en demandait pardon à Dieu (2). > D'autre part, il disposait l'opinion publique à estimer, à bien accueillir le nouveau maître. Il le louait assez haut pour étonner les jeunes courtisans qui ne voyaient dans le prince qu'un chef ou un compagnon de plaisirs : < Vous ne le connaissez pas, disait-il, il y a en lui de l'étoffe pour faire quatre rois et un honnête homme (3). »

Déjà un incendie au Louvre, dans l'appartement

(4) Hémoires de Choisy, liv. II. — Si cette phrase n*a pas été dite textuellement, en voici au moins Téqui valent dans ce passage du testament du cardinal : t  Colbert, la maison où il demeure, sans être obligé de rendre aucun compte, sous peine d'être déshérités pour ceux qui le demanderont, et prie le roi de se servir de lui étant fort fidèle.»

(2) René Rapin, Mémoires.

(3) Mémoires de Choisy, liv. II.

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qu'il O0CDpaitau*des6iis du roi, Tavait forcé à se trans^ jmrter au château de Vincennes. Le peuple avait vu dans cet accident un signe de la Providence, qui figurait son éloignement des affaires et sa mort prochaine. A la fin de février 1 661 , le mal étant décidément sans remède, de l'aveu des médecins, Mazarin voulut finir de bonne grâce, avec grandeur et indiflerence. Il parut se plaire à assister à sa mort et à la faire voir aux autres. Il reçut en visite toute la cour, la reine-mère, le roi ; il fit défiler dans la ruelle de son lit ceux qui avaient été ses amis ou ses serviteurs, et leur donna le spectacle d'une fermeté d*âme qui parut à plusieurs mêlée d'orgueil. Cette ostentation perça jusque dans Taccomplissement des derniers devoirs religieux, par une exactitude et un empressement de piété qui n'avaient jamais été dans ses habitudes. Il avait reçu les sacrements de la main du supérieur des Théatins, sans rien omettre des cérémonies et des convenances prescrites en cette extrémité. Néanmoins le dimanche avant so mort, comme pour publier dans le peuple de Paris ses sentiments chrétiens, il manda à la hâte le curé de Saint-Nicolas des Champs au milieu d'un sermon du matin, auquel assistait un grand auditoire attiré comme toujours par la renommée de ce prédicateur. Le curé interrompit son discours pour courir à Vincennes, et cependant il ne fut admis auprès du malade qu'à cinq heures du soir« « J'ai reçu mes sacrements, dit Mazarin, et je ne vous ai envoyé quérir que pour parler de Dieu. » Ces entretiens se succédèrent jusqu'au mercredi matin. A deux heures après minuit (9 mars 1661)

IL MEURT A VINGENNES. 45o

le curé, qui se promenait dans une galerie Voisine, fut averti que le cardinal allait mourir. Il rentra, s*approcha du fauteuil de Tagonisant, et lui dit : « Monseigneur, l'heure est venue, p « L'heure de miséricorde, répondit Mazarin avec calme, hora fnisericordise. * Ce fut son dernier mot (1 ).

Mazarin a droit à une place distinguée parmi les ministres qui ont utilement servi la France. Dépositaire de l'œuvre de Richelieu, s'il n'a pas l'honneur du plan primitif et de la première entreprise, il a le mérite assez rare d'avoir franchement assumé la politique d'autrui, et d'en avoir assuré le triomphe en secondant incessamment la diplomatie par les armes et les armes par la diplomatie, depuis Fribourg (si on ne peut pas lui rapporter Rocroi) jusqu'à la paix de Munôter, et depuis Rethel où il fut le vrai vainqueur jusqu'à la paix des Pyrénées. L'Espagne abaissée pour toujours, l'Aiitriche dépouillée de la prépondérance en Europe, la France élevée au premier rang par Téclat de ses victoires, le nombre de ses alliés, la conquête de ses frontières naturelles et tant d'espérances légitimes, c'était ce que Richelieu avait préparé, et ce que Maza>rin laissait accompli. Il a prouvé par ces services, comme il le disait quelquefois, que son cœUr était français, si son origine ne l'était pas. Quoique étranger, et souvent odieux à ce titre, il n'a jamais pactise avec l'étranger contre sa nouvelle patrie ; le besoin même de sa défense personnelle n'a pu l'entraîner à une tra-

^1) Mémoires de René Hapin,l. III, liv. XV.

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hison qui a longuement déshonoré Gondé, et voilé un moment la vertu de Turenne.

Au dedans, il n*a pas moins contribué à affermir Tautorité monarchique, qui, par Tunité de la France, préparait Tégalité. Parmi ces soulèvements de nobles et de princes dont il est le prétexte, il n'a pas le ton hardi, les allures victorieuses de Richelieu. Ses revers, ses affronts, donnent à douter tantôt de son aptitude, tantôt de sa fermeté. Cependant comme il n'abandonne jamais la volonté de vaincre, il est vainqueur à la fin. Par sa constance à revenir au combat, à reprendre ce qu'il n*a abandonné que pour un temps, par son habi* leté à diviser ses adversaires, par les fautes énormes auxquelles il les réduit, il les dépouille peu à peu de leurs forces, de leur prestige, de Tintérêt public. Richelieu, en les brisant, en les domptant par l'épouvante, leur laissait encore l'apparence de persécutés et une ressource dans l'opinion. Mazarin, moins fièrement, par une marche plus couverte, les use et les ruine par la patience et par le ridicule ; et il les laisse épuisés et isolés aux pieds du monarque qui doit tout dominer pour tout unir et tout égaler. L'humiliation de Gondé n'a pas moins consolidé la suprématie royale que le supplice de Montmorency.

Mais l'éloge doit s'arrêter là. Les succès du politique ne peuvent couvrir les insuffisances, les fautes et les défauts de l'administrateur et de l'homme. Son gouvernement a été stérile en institutions profitables au présent et à l'avenir. Soit dédain personnel, soit égoïsme ou difficulté des temps, on ne trouve sous Mazarin ni

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