‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 22 sur 140 · DIÈTE DE FRANCFORT · texte numérisé non relu

DIÈTE DE FRANCFORT

subsistant des subventions que lui servaient ses amis de France , entre autres les religieuses de Port- Royal (i ). Il fut appelé à Bruxelles par Monsieur le Prince, qui lui exposa des plans où il devait avoir sa part d'action et de profit. Les nobles de Normandie préparaient un soulèvement; Créquy, Barneville et d'Annery, ancien ami de Retz , en étaient l'âme. Dès qu'ils auraient commencé, d'Hocquincourt, avec 4,000 chevaux, se jetterait dans cette province 5 l'armée d'Es^ pagne irait se poster sur la Somme, aux environs du Crotoy dont le gouverneur était gagné ; Monsieur le Prince marcherait sur Paris, menant avec lui le cardinal de Retz (2).

En opposition à cet accord de la guerre étrangère avec la guerre civile, Mazarin poursuivait, avec non moins de ténacité, l'œuvre de sa diplomatie en Allemagne. Il travaillait à ôter enfin la couronne impériale à la maison d'Autriche, à ravir aux Espagnols le secours des Allemands. Mais ni ses négociations ni son argent n'avaient encore convaincu personne, ni déterminé un résultat capable de décourager ses ennemis ou de lui rendre confiance à lui-même.

Après la mort de l'empereur Ferdinand III (1657), une diète s'était réunie à Francfort pour procéder à son remplacement* La France avait expédié deux ambas-

(4 ) Ce n'est pas nous encore qui le faisons dire à Racine, le candide historien des vertus et des actes de Port-Royal. Voir au chapitre suivant les détails.

(â) Guy Joly. Voir les lettres de Tambassadeur De Thou à Mazarin, dans le Supplément des Mémoires de Retz.

sadeurs à cette assemblée, le maréchal de Gr ammost et LyoDoe. Elle se proposât, dans cette réunion des princes allemands» de fortifier les alliances qu'elle avait acquises par la paix de Westphalie, et d'écarter enfin la maison d'Autriche du trône impérial ; pour cela, elle devait favoriser l'élection du duc de Bavière, et, à soq défaut, celle du comte palatin de Neubourg. L'arrièr^ pensée, c'est-à-dire l'objet principal, était de faire naître aux Allemands, si la chose était possible, l'envie de déférer la couronne au roi de France (1). Déjà il circulait un livre, dont l'auteur évidemment n'avait pas tiré de lui-même toutes ses inspirations, où cette proposition était faite ouvertement. Le jeune roi y était présenté comme le candidat le plus digne à tous les titres ; on y vantait sa taille et sa beauté, sa santé capable de tous les exercices du corps, sa capacité en toutes choses et sa modération , son empressement à recevoir les conseils, et jusqu'à sa discrétion dans l'usage des plaisirs (2). Mais il était peu vraisemblable que les Allemands consentissent à placer à leur tète un étranger en état de devenir un maître; il était douteux que le duc de Bavière acceptât un honneur trop onéreux, et plus encore que le Palatin de Neubourg réunît le nombre de voix nécessaire (3).

Pour réussir, Mazarin n'avait reculé devant aucune dépense. Il fallait aux Allemands, princes et peuple, pour les bien disposer, des bombances, des fes-

(4 ] Mémoires de Brienne.

(S) Vt)yage de deax Hollandais, 7 septembre 4 657.

(3) Mémoires de Brienne.

Page 1