LES PROPOSITIONS DÉFÉRÉES A ROME
sible dans tous les centres où le jansénisme a le plus exercé son action , comme à Paris, et dans les familles jansénistes elles-mêmes où l'exagération des pères a engendré l'indifférence des fik.
Grâce au zèle de Vincent de Paul et du P. Dinet, jésuite, les évèques de France se mirent d'accord , à une majorité écrasante, sur la résolution proposée. Quatre-vingt-dix adressèrent au pape la lettre circulaire préparée par les adhérents de Nicolas Cornet. Cette lettre représentait au Saint-Père la gravité des troubles excités par le livre de Jansénius, l'insuffisance de la condamnation déjà prononcée par Urbain Vlll, parce que ce jugement ne tombait sur aucune proposition en particulier. Elle soumettait au Saint-Siège les cinq propositions formulées par la Sorbonne, en promettant, de la part des signataires et des fidèles en général, la même docilité à la décision du Souverain Pontife que dans l'affaire du livre des Deux Chefs, Ainsi la question se posait nettement et nominativement contre la doctrine de Jansénius. La Reine se joignit à la démarche des évèques ; l'ambassadeur français à Rome eut ordre de solliciter du pape un jugement définitif. Lorsque le frondeur Broussel appuyait les jansénistes auprès du Parlement , la Reine ne faisait qu'user de représailles légitimes en appuyant leurs adversaires auprès du pape (1651).
Les jansénistes essayèrent d'une contre-marche qui trahissait leur impuissance et leur embarras. Ils avaient réussi à retenir de leur côté onze évèques, parmi lesquels Arnauld d'Angers, frère du docteur,
Oaulet de Pamiers, Pavillon d'Aleth, Gondrin, archevêque de Sens. Ces onze écrivirent à leur tour au Pape, mais pour décliner son jugement; ils demandaient, ou que la discussion durât encore librement comme cela avait été toléré depuis plusieurs siècles, ou que le Pape ne prononçât pas avant que les évèques, en concile, eussent longuement examiné toutes les questions de personnes ou de choses relatives au procès. Un autre prélat accordait en même temps au parti une sorte de justification indirecte, il est vrai, dont ils affectèrent de triompher. A propos d'un livre du jésuite Brisacier, le Jansénisme confondu y où l'auteur avait eu le tort d'attaquer personnellement les religieuses de Port- Royal, Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, lança un mandement qui , passant habilement à côté de Ja question de doctrine, réclamait pour l'honneur des religieuses incriminées, contre plusieurs mensonges et impostures (29 décembre 1651). C'était un échec pour •les jésuites qu'on accuse toujours d'une habileté consommée, et qui se comportent parfois comme les plus grands maladroits du monde. Mais la lettre des onze faisait voir que le parti ne cherchait qu'à gagner du temps, refuge ordinaire des causes embarrassées d'elles-mêmes. Le mandement du coadjuteur, en rectifiant des faits imputés à quelques religieuses, ne prouvait rien contre la réalité et le danger des cinq propositions.
Le jugement sollicité du pape fut préparé avec tout le soin nécessaire pour prévenir toute plainte de précipitation ou de partialité. Le procès dura deux ans,