EXAMEN DES CINQ PROPOSITIONS. U
non par effet d'une lenteur insouciante, mais par la multiplicité des travaux, des mesures de précaution que le souverain pontife crut devoir s'imposer pour mettre la vérité dans son éclat Ceux qui ont l'habitude d'accuser de lenteur la cour de Rome pourraient apprendre, par les détails qui vont suivre, qu'il ne faut pas accepter sans examen les opinions toutes faites à r usage des tètes légères ou prévenues. A peine saisi des cinq propositions, le pape écrivit, par la voie de ses nonces, aux universités d'Allemagne, d'Espagne,, de Flandre, de Paris, pour avoir leur sentiment sur la doctrine incriminée. Dès le 12 avril 1651, il nommait une congrégation spéciale de cinq cardinaux pour procéder aux informations. Cette congrégation passa plus d'un an à revoir les débats antérieurs sur la question de la grâce, à relire le procès de Baïus, à comparer sa doctrine avec celle de 1 evêque d'Ypres, à prendre connaissance des censures portées par les universités ; et ce ne fut qu'après avoir ainsi jeté les fondements de la procédure, qu'elle crut devoir aborder les cinq propositions en elles-mêmes. Alors elle se renforça de treize consulteurs choisis dans les théologiens les plus habiles, où un seul jésuite figurait à côté de dominicains, augustins, cordeliers, théatins, servîtes et prêtres réguliers. Il était venu à Roiiie trois députés jansénistes pour défendre leur maître, et trois catholiques pour le combattre. La congrégation leur demanda aux uns et aux autres leurs mémoires écrits, et, après que les catholiques eurent satisfait à cette demande, les jansénistes se faisant attendre plus de deux mois,
on subit ce délai pour supprimer tout prétexte de réclamation. Uexamen des propositions commença enfin le 24 septembre 1652; il dura jusqu'au 20 janvier suivant. Dans cet intervalle de temps, il se tint quatorze sessions; chaque proposition fut débattue avec une entière liberté de suffrages pour quelques opposants qui se trouvaient en jninorité parmi les consulteurs. Ce premier travail fini, les députés des deux parties furent invités à venir, devant la congrégation, développer de vive voix les arguments qu'ils avaient donnés par écrit. Les jansénistes refusèrent ; ils auraient voulu, disaient-ils, un colloque contre leurs adversaires ; ils avaient été envoyés, non pour exposer simplement leur doctrine, mais pour disputer. Les catholiques se rendirent à l'appel des cardinaux, et l'impression de leurs discours fut assez profonde pour qu'on pût croire les informations terminées. Néanmoins la congrégation, reprenant ses séances secrètes, consacra tout le mois de février à réviser les suffrages pour y ajouter ou retrancher ce qu'on jugerait à propos, et préparer, avec plus de sûreté, les éléments de la décision pontificale.
La tâche de la congrégation accomplie, celle du pape commença. Innocent X, malgré ses quatre-vingt et un ans, avait suivi, avec une vigueur de volonté infatigable, ces débats arides et compliqués. Il s'était fait remettre, par écrit, tous les avis énoncés dans la congrégation, comme les différents mémoires des parties. Il voulut les reviser à son tour, et, afin de ne laisser à personne le prétexte de se plaindre de n'avoir