‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 37 sur 140 · EXAMEN DES CINQ PROPOSITIONS. U · texte numérisé non relu

EXAMEN DES CINQ PROPOSITIONS. U

pa& été entendit, il ouvrit le 1 mars une nouvelle se* rie de ses&ions qui dura jusqu'au 7 avril. La congrégation se réunit dix fois sous sa présidence pendant de longues heures, et quelquefois fort avant dans la nuit. Sur chaque proposition, il faisait parler chaque consulteur, donnant liberté entière de tout dire, attentif à tout, n'interrompant personne. L'examen terminé dans ces conditions laborieuses, il ne se hâta pas de conclure. « Après avoir fait examiner ces propositions « près de dix-huit mois par les plus habiles théolo- « giens de Rome, après s'en être fait informer par le « cardinal secrétaire pour s'en remplir l'esprit, après « avoir assisté un mois durant aux congrégations qui ff se firent dans son palais pour consommer cette « entreprise à l'honneur du Saint-Siège, il se servit « encore de toutes les diligences et des précautions « que lui suggéra sa prudence (1). > Il ordonna aux commissaires de se réunir de nouveau pour voir ce qu'il restait à faire, et, en particulier, s'il n'était pas à propos d'écouter les députés jansénistes qui venaient de recevoir un renfort par l'arrivée du P. Desmares à Rome. Les commissaires ayant été d'avis qu'ils fussent entendus, le pape leur accorda une longue audience en présence de la congrégation (19 mai 1653). Il écouta leurs discours avec tant de patience que, au sortir de là, ils coururent chez Tam-

(4) René Rapin. — Il donne, comme dit M. Sainte-Beuve, des renseignements qu'on ne trouverait pas ailleurs. Il dit lui-même qu'il a copié sur les mémoires du Saint-Office le procès-verbal de ce long jugement.

bassadeur de France témoigner leur joie, et mandèrent à Paris qu'ils avaient grand sujet d'être contents du pape. Les députés catholiques furent invités à venir à leur tour s'expliquer devant leurs juges ; mais ils répondirent qu'ils avaient tout dit, ne voulant pas éloigner encore la décision par des audiences inutiles. Le pape n'avait donc plus qu'à prononcer. Il fît rédiger un projet de bulle, la soumit à la congrégation, puis aux cardinaux les plus versés dans ces matières, et la promulgua le 31 mai 1653. Cette bulle disait expressément que les cinq propositions lui avaient été présentées par les évoques de France comme les plus remarquées entre celles de Jansénius ; elle les reproduisait textuellement et les condamnait l'une après l'autre comme hérétiques et injurieuses à la bonté de Dieu. Un paragraphe spécial signifiait que, si la condamnation expresse ne tombait que sur ces cinq propositions, le pape ne prétendait aucunement approuver les autres sentiments de Cornélius Jansénius contenus dans son livre (1).

Tant de garanties de vigilance et d'impartialité témoignaient que le pape avait prononcé en connaissance de cause, comme il avait souvent répété qu'il prétendait le faire. Il n'eût pas été opportun non plus de le soupçonner de complaisance pour lautorilé royale de France. Car si la reine avait appuyé la démarche des évoques contre les propositions, elle avait

(1) Lcsleltres de Lagault, un des envoyés catholiques, coniienneoi et confirment tous les détails que nous avons donnés sur ce procès.

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au moment même une difficulté personnelle avec Innocent X, qui eût été bien capable d'indisposer le pontife. Le pape réclamait en vain la liberté du cardinal de Retz, et le refus constant qu'on lui opposait ranimait son antipathie contre Mazarin ; ce n'était donc pas pour plaire au ministre qu'il avait condamné Jansénius. Aussi la bulle reçut des adhésions si nombreuses et si considérables, que les jansénistes durent quelque temps garder le silence. L'assemblée du clergé, sous la présidence de Mazarin, accepta la décision pontificale, et écrivit aux évêques absents pour la leur transmettre; ceux-ci la publièrent sans hésitation, à l'exception de quatre, qui essayèrent d'en dénaturer le sens par leurs mandements. La Sorbonne, sur l'invitation du roi, l'enregistra, quoique ce ne fût pas la coutume de la Faculté d'enregistrer les bulles des papes, et défense fut faite aux docteurs et bacheliers de sou- . tenir ou d'enseigner la doctrine qui venait d'être condamnée (1®' août). Le roi fît remercier le pape d'avoir rendu le repos aux consciences. Le pape, heureux de cet accord, répétait que « les Français étaient la fleur « des catholiques, et véritablement édifiants par leur < obéissance envers le saint-siége (1 ). »

Les chefs jansénistes eux-mêmes, soit par l'effet du premier mouvement, qui est ordinairement bon, soit pour mieux couvrir ou préparer leurs desseins ultérieurs , se montraient disposés à la soumission. € M. Singlin, patriarche du parti, avec M. Arnault,

(1} Dépèche de rambassadeur, 28 juillet 4 653.

c écrivait Vincent de Paul , déclare qu'il faut obéir; < M. Duhamel, curé de Saint-Merry , Tun des arcs-b<!mc tants de cette nouvelle doctrine, s'est offert de puc blier lui-même la bulle dans son église; M. etniac dame de Uancourt disent qu'ils ne sont fdus ce qu'ils c étaient (1). » Il est vrai que le saint prêtre, aussi charitable pour les personnes qu'inflexible contre l'erreur, avait conseillé dt mis en pratique un système de modération qui aurait pu avoir une grande efBcadfé pour la réconciliation du parti vaincu. Il disait aux adversaires du jansénisme, aussitôt après la publication de la bulle, qu'il fallait se contenir dans les témoignages publics de leur joie, et ne rien avancer, en leurs sermons ni en leurs entretiens et conversations, qui pût tourner à la confusion de ceux qui avaient soutenu Jansénius, de peur de les aigrir davantage au lieu de les gagner. Il trouvait plus expédient de les prévenir d*honneur et d'amitié dans cette conjoncture humiliante pour eux, et néanmoins capable de les aider à revenir, quand ils se verraient traités avec respect et charité (2). Lui-même il alla à Port-Royal visiter les solitaires et les féliciter de la soumission qu'on attendait d'eux, multipliant, dans des conversations prolongées, les témoignages d'estime et d'affection. Il traita de même d'autres personnes de condition, fort notables dans le parti, qui promirent aussi toute obéissance au siège apostolique en ce qui concernait

(4) Lellre de Vincent de Paul à Alain de Solminihac, évêque de Cahors.

(2) Abelly, Vie de saml Vincent de Paul, liv. TI, cli, tu.

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