‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 38 sur 140 · CONDAMNATION DES CINQ PROPOSITIONS. U · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DES CINQ PROPOSITIONS. U

la doctrine condamnée. Malheureusement ce sage exCTfiple ne fut pas imité partout. Avant la fin de Tannée, YAlmanach de la déroute des jansénistes j les Enlu^ minures de VAlmanachj par Saci, V Étrille du Pégase janséniste^ par le P. Lemoyne, ranimaient le goût des disputes, et dénonçaient les dispositions des partis (1).

II. — Lfls solitaires de Port-Royal. — Les petftes écoles. — • Rigorisme de l'éducation. — Système d*études. — Importance donnée à la langue française. — Héihod«s pour étudier les langues anciennes. — Grande réputation de ces écoles.

L'existence des maisons de Port-Royal avait été troublée par la Fronde des princes . Cette seconde guerre

[h) VAlmanach de la déroute des jansénistes était un dessin en tête de Talmanach de 1654, conçu par Adrien Gambart, confesseur de la Visitation du quartier Saint-Jacques, et gra^é par Ganière, sur le refus de Boudan, graveur ordinaire des jésuites. D'un côté le pape^ environné de cardinaux et de prélats, la tiare en tête et avec ses habits pontificaux, lançait la foudre de sa censure sur une hydre à cinq tètes, qui marquait les cinq propositions. Le roi Louis XIV était vis-à-vis , s^élevant de son trône; Tesprit du zèle divin l'animait, et la Justice lui présentait son épée. L'évêque d^pres était au bas, avec des ailes de chauve-souris, qui s'enfuyait, et était dans sa fuite bien reçu par Calvin et par les autres hérésiarques du siècle passé. L'Erreur, Tlgnorance, la Tromperie et quelques autres espèces de monstres, étaient terrassées par la foudre lancée des mains du pape.

Les Enluminures étaient un petit poëme en vers burlesques par où les jansénistes voulurent répondre à la pensée exprimée par Talmanach, Ces Ters étaient de Saci, qui ne rougit pas, dit M. Sainte-Beuve, de teuiller ses doigts chastes à cette poésie digne uniquement de dégoût.

VÉtrille du Pégase janséniste était la réponse aux Enluminures, satire fort envenimée, cachée sous une fable, où Ton trouvait plus de poésie que dans Tœuvre janséniste.

« n faut avouer, dit le P. Rapin, que dans les Enluminures^ aussi bien que dans VÉtrille du Pégase janséniste^ il y avait peu de vestiges de cette charité qui est le caractère essentiel du chrétien, et que ce n'est pas par ces voies-là qu'on publie l'Ëvangile ni qu'on le défend. »

de Paris, non moins fatale que la première aux campagnes voisines, avait obligé les religieuses des Champs à rentrer dans la ville pour échapper aux violences de la soldatesque. Les soUtaires, demeurés au dehors, avaient dû pourvoir par eux-mêmes à leur sûreté. Ils montaient la garde, et, quand il le fallait, ils ne reculaient pas devant la nécessité de se battre (1 ). Le duc de Luynes leur donna ensuite un abri plus solide derrière les murs et les tours de son château de Vaumurier devenu une citadelle. Quant aux petites écoles du cul-de-sac d'Enfer, elles avaient été dispersées en 1 650. La fin de la guerre civile permit de reprendre l'ancien genre de vie (1653). Le duc de Luynes ayant par de nouvelles libéralités agrandi Port-Royal des Champs et bâti un dortoir pour les religieuses (2), toutes celles qui regrettaient le désert, la mère Angélique en tête, retournèrent au cloître dont la force seule avait pu les séparer. Port-Royal de Paris n'en resta pas moins une maison florissante par le nombre des sœurs, et par la présence des pensionnaires illustres

(4) On raconte Thistoire suivante de La Pétitière, le pins vaillant des solitaires, qui avait pris le métier de cordonnier. C'était lui aussi qui menait au moulin Tâne du monastère. Un jour son âne et sa farine forent pris par trois soldats. A son retour, on lui demanda pourquoi il s'était laissé dévaliser de la sorte. « Est-il permis à un chrétien de « se défendre dans noire morale? dit-il. — Pourquoi non ? » lui répondit-on. Aussitôt il prend un bâton, court après les soldats qui l'avaient volé, les désarme, et les amène pieds et poings liés à Port- Royal, où, les ayant conduits à l'église pour faire amende honorable devant le saint sacrement, il leur fit une réprimande chrétienne et les renvoya avec une aumône. Rapin^ 1. 1, p. 273.

{%) Racine, Histoire de Port-Royal.

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