‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 39 sur 140 · LES DEUX MAISONS DE PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

LES DEUX MAISONS DE PORT-ROYAL

établies dans cette retraite depuis quelques années. On y voyait, dans les annexes qu'elles s'étaient fait construire, la princesse de Guéméné, la marquise d'Aumont, la fille du duc d'Atrie, Marie d'Aquaviva, la marquise de Crevecœur, qui avait une sœur religieuse, la marquise de Sablé, veuve d'un Montmorency de la branche de LavaL La présence de ces nobles adeptes attirait un concours de personnages distingués dont l'enthousiasme entretenait la renommée du lieu. Mais la plus considérable était la marquise de Sablé, par son esprit, ses belles manières, sa table délicate. Elle écrivait agré ablement (1), tenait cercle de littérature et de philosophie ; c'est de son salon que sortiront un jour les Maximes de La Rochefoucauld. Loin de dédaigner le bien-être matériel, elle multipliait les petits soins pour elle et pour ses amis, faisait des confitures et de merveilleux ragoûts, composait des élixirs pour les vapeurs et des recettes contre toutes les maladies. Ses dîners étaient si recherchés, que le frère de Louis XIV s'invitait souvent de lui-même, disant qu'il était bien mieux traité que chez lui, quoiqu'il eût d'excellents officiers (2).

A Port-Royal des Champs, la vie des solitaires redevint le plus vif attrait pour la curiosité. Depuis les agrandissements faits par le duc de Luynes, soit au monastère même, soit à la ferme des Granges, il y

(4} Elle a composé un traité De VÊducation det enfants^ et un autre De r Amitié.

(2} Victor Cousin : Vie de madame de Sablé; Sainte-Beuve, Port- %oi; RenéRapin.

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avait place sans confusion pour les femmes et pour les hommes, dans deux habitations séparées quoique voisines. Mais l'humilité des solitaires, les travaux communs et vulgaires qu'ils préféraient, les rabaissant parfois à la condition de domestiques , ils faisaient à ce titre partie du monastère. Ârnauld d'Andilly, intendant des espaliers et des jardins, avait ses entrées fibres ; son fils Lusancy était l'homme d'affaires, et ensemençait lui-même les champs. Robert Racine, «eur de Corail, se fit cuisinier, conmie l'abbé de Pont^Chàtewi était vigneron, et Saint-Gilles d'Àsson menuisier. Leur premier droit à Tadmiration, comme on le voit par leurs épitaphes, était d'avoir renoncé à leurs vocations extérieures pour servir les religieuses de Port- Royal dans les fonctions les plus abjectes de la vie, et assister à l'office divin célébré par elles. D'autres, d'une nature moins pacifique, pratiquaient une pénitence plus conforme à leur besoin de mouvement. Ainsi La Rivière, ancien cavalier du temps de Riche- UeUvSe souvenant de son état, se fît garde des bois de Port-Royal. Il partait le ouitin son fusil sur l'épaule, et un tome de Saint-Âugustin dans la poche. Sa principale pénitence était de s'exposer à la pluie et au mauvais temps dans ces tournées quotidiennes; pour $e reposer, quand il était las, il prenait son livre et le lisait couché sur l'herbe. Le chevalier de Ponds commençait ses mémoires sur le règne de Louis XIII pendant qu' Arnauld d'Aiidilly»Lemaitre, Saci son fi:^re, multipliaient leurs écrits, leurs traductions des Pères, leurs plaidoyers pour Jansénius.

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