‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 56 sur 140 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De l'administration, des fhiànces et des mœurs, avant la paix des Pyrénées.

I. — Défaut de séeorité : courses des étrangers k travers Pa France, violences à Tiniérieor. — Mauvaise composition des armées, leur pénurie. —Désordre des finances : impôts irrégnliers, rapacité des financiers.

Sans forcer les rapprochements, il est permis de signaler un lien assez curieux entre la guerre espagnole et les débats du jansénisme, une cause commune qui explique la prolongation de l'une et la popularité de l'autre. Cette cause est dans les vices et l'incertitude du gouvernement d'alors, dans le désordre desmoaurs avec ses deux effets contraires : k luxe des grands et la misère. des masses. La guerre étrangère se traîne d'année en année parce que l'argent manque pour la mener vite, et l'argent manque parce qu'il ne s'obtient que par des expédients oppresseurs et insuffisants, oa parce qu'il est détourné, gaspillé, pour les besoins dea financiers^ des princes et du premier ministre luimême. Mais ce relâchement, par une contradiction naturelle, tourne un bon nombre d'esprits à la sévérité. L'abondance des biens acquis par les gens d'affaires choque, même dans le grand monde, ceux qui ont quelque reste d'honneur et de probité, et les rend fa-

Yorables à une réforme. Tout ce qui va à la censure des mœurs y vrai où faux^ est bien reçu (1). La nouvelle doctrine tire ainsi une puissance active des embarras qui ralentissent la marche des victoires. Pour justifier cette remarque d*un contemporain par les faits comme par la raison, il convient d'étudier avec quelque soin Fétat intérieur du pays, de tracer un tableau succinct de Tadministration et des mœurs pendant cette dernière période du gouvernement de Mazarin.

Déjà nous avons appris d*un contemporain, qui s'en confesse plutôt qu'il ne s'en vante, que toute espèce de police avait disparu du territoire français pendant la durée de la Fronde (2) ; la violence contre les choses et les personnes était assurée de l'impunité, à la seule condition d'être hardie. Cette licence, fruit des troubles domestiques, n'avait pas été supprimée par le rétablissement officiel de l'autorité du roi. Si elle n'était plus un instrument de la guerre civile, elle devenait une forme de la guerre étrangère, un des moyens des Espagnols pour tenir perpétuellement le pays en alarmes. Le prince de Gondé, maintenant général à la solde d'Espagne, lançait dans les provinces les plus avancées, des partis de maraudeurs pour faire la course aux hommes et aux rançons. « Il ne s'est pas contenté, dit une Déclaration du roi (avril 1 654), d'entreprendre contre nous les choses qui se pratiquent ordinaire- € ment à la guerre; mais il a envoyé des gens ex-

(4) René Rapin, Mémoires, t. H, p. 456.

(2) Mémoires de Gourville. V. plus haut,ch. viii, p. 42, la citation de ces Mémoires en note.

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