‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 63 sur 140 · MAUVAIS ÉTAT DES FINANCES · texte numérisé non relu

MAUVAIS ÉTAT DES FINANCES

Mazarîn annonça que l'armée de Catalogne prendrait ses quartiers d'hiver en Languedoc ; les ordres nécessaires à ces cantonnements de troupes furent expédiés immédiatement. A cette nouvelle, il y eut grand émoi chez les intéressés. Le prince de Conti fut supplié de préserver la province de ce logement si onéreux ; le prince répondit que le seul moyen d'obtenir cette grâce était de donner au roi un million huit cent mille livres, trois cent mille de plus qu'il n'avait d'abord été demandé. Pour échapper aux soldats, les États votèrent le don augmenté. Mais il fallait pourtant bien loger les troupes dont le Languedoc se déchargeait ; elles furent envoyées en Guienne, parce que cette province, n'ayant pas d'États, n'avait pas de don à faire, et devait payer sous une autre forme : on lui imposa la plus coûteuse.

Dans cette même année, le surintendant Fouquet rencontrait, dans le Parlement de Paris, une grande opposition aux édits fiscaux. Gourville, fertile en expédients, lui trouva le secret infailUble de s'accorder avec le zèle des magistrats. Il ne s'agissait que de gagner ceux des opposants qui entraînaient les autres, et pour cela de leur donner comptant cinq cents écus de gratification avec promesse d'une somme pareille pour les étrennes. Il dressa la liste des adversaires qu'il fallait ainsi attaquer par l'argent ; il fut ensuite chargé d'entreprendre les plus difficiles, et en particulier le président Lecogneux qui s'était jadis montré si jaloux de l'honneur des cours souveraines et du soulagement du

peuple (1). Il parait que Lecogneux ne se rendit pas à la première offre, et qu'il marchanda longuement sa conviction : car il fallut lui donner deux mille écus pour achever une terrasse commencée à sa maison de campagne. Mais en dernier résultat, le surintendant put juger que son négociateur avait bien réussi auprès du président susdit (^). C'est ce Lecogneux qui épousa la veuve du financier Galland, un des secrétaires du conseil, riche de six millions, dont la fortune n'était pas à l'abri de tout soupçon d'illégalité.

Une manœuvre non moins regrettable était la mauvaise foi que l'autorité opposait par moments à la mauvaise volonté des contribuables. En 1658, le roi allant à Lyon pour le mariage de Savoie, s'arrêta à Dijon, afin de dominer par sa présence les États et le parlement de Bourgogne. Les États, pressés de voter un don gratuit, ne se hâtaient pas de conclure; ils craignaient que, une fois assuré de leur décision, le roi ne fît en outre vérifier au parlement des édits fiscaux qui n'avaient pas encore passé, quoique présentés depuis longtemps, un entre autres qui créait de nouvelles places de magistrature à vendre au profit de la couronne. Ils représentaient que les provinces à Etats devaient être moins soumises que les autres aux charges nouvelles ou accidentelles imposées par

(1) V. au chap. m le discours de ce président à propos de la discussion du Tarif,

(2) Mémoires de Gourville.

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