‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 64 sur 140 · MAUVAIS ÉTAT DES FINANCES · texte numérisé non relu

MAUVAIS ÉTAT DES FINANCES

les édits de finances. Comme elles donnaient tous les ans, ou tous les deux ans au moins, des sommes considérables sous la forme directe de don gratuit^ si d'autres impôts venaient s'y joindre, c'étaient deux taxes au lieu d'une qui pesaient sur la même population. Ces objections suspendant le vote définitif, Le Tellier alla de la part du roi assurer les États, que, s'ils accordaient une somme plus forte que d'ordinaire, le roi ne ferait rien de nouveau dans la province. Sur cette déclaration, le don fut voté; les États vinrent avec confiance en rendre compte au souverain. Cependant, le lendemain même, Sa Majesté alla au parlement tenir un lit de justice, c'est-à-dire procéder à un de ces enregistrements immédiats dont la volonté royale n'entendait pas qu'il y eût appel. Dès le début de la séance, le chancelier annonça que les édits, si longtemps ajournés , étaient indispensables aux nécessités de la guerre, aux efforts à soutenir pour arriver à une bonne paix. Vainement le premier président voulut protester au nom de la province appauvrie, de tant de terres incultes et de montagnes qui ne rapportaient rien, au nom du parlement dont le ressort étroit, présentant peu d'affaires, rendait inutile la création d'officiers nouveaux. Ces doléances, qui n'étaient pas pures d'exagération, lui attirèrent les louanges de ses co-intéressés, sans changer la détermination du roi. Les édits furent lus et déclarés exécutoires. Le jour suivant le roi partit^ laissant Dijon et toute la province dans la consternation^ et le parlement aussi par le grand nombre d'officiers dont on

r avait augmenté (1 ). L'autorité royale cette fois avait fait coup double sur les États et sur le parlement, avec l'habileté et l'audace d'un financier consommé.

Nous avons peint plus haut (S), avec le langage et les cris populaires du temps, la haine qui s'acharnait à poursuivre les financiers. Depuis leur basse origine jusqu'à leur domination et leurs fortunes scandaleuses, rien n'était pardonné à c cette engeance venue de laquais et de palefreniers, » comme les appelle un des premiers pamphlets de la Fronde, qui « régentait la France à coups d'étrivières (3). » Si la jalousie, irritée par une élévation rapide et insolente, leur avait d'abord imposé un si mauvais renom, la rigueur et l'évidence de leurs concussions le consacraient chaque jour irréparablement. La leçon, donnée une première fois par la guerre civile, n'avait pas profité. Les grands troubles, en s'apaisant, n'avaient pas fait disparaître les entrepreneurs de revenus publics, les fermiers d'impôts par association, les collecteurs qui prélevaient d'abord leur part, les fournisseurs à primes exorbitantes . C'étaient encore les mêmes hommes désormais remis de leur peur, ou de nouveaux émules enhardis par l'exemple d'une cupidité impunie. C'étaient Gornuel, ancien commis, plus tard surintendant sous Richelieu, qui avait fait, avec sa fortune, celle d'un bon nombre d'aventuriers intéressés et dévoués à ses affaires ; Bretonvilliers, autrefois receveur des

(4) Mémoires de mademoiselle de Montpensier.

(2) V. chap. III, IV et V.

(3) Requête des trois Ëtats à messieurs du Parlement, octobre 4648.

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