‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 65 sur 140 · MALVERSATIONS DES FINANCIERS · texte numérisé non relu

MALVERSATIONS DES FINANCIERS

finances Limoges , qui avait gagné tant de millions qu'il lui échappait parfois, dans certains retours de conscience, de demander si l'on pouvait gagner cela honnêtement (i). On voyait dans les fonctions publiques, parmi les trésoriers de Vépargne^ la Basinière, qui jouait gros jeu avec Anne d'Autriche, Jeannin de Castille, auquel, au temps du procès de Fouquet, on pourra redemander huit millions ; parmi les trésoriers des 'parties casuelles, Picard, associé de Galland et de Catelan, assez riche pour se rendre acquéreur du marquisat de Dampierre. Entre les nouveaux venus, comment oublier Saint-Évremond, ce nom resté presque populaire pour avoir figuré plus tard dans le groupe des opposants au grand roi ? Chargé de missions dans la Guienne, il ne négligea pas de tourner ses divers commandements à son propre bien. Dans ce mauvais système de payement des troupes, on donnait simplement aux officiers des assignations sur les villes et les communautés, dont chacun tirait ce qu'il pouvait. M. de Saint-Évremond, disent lestement ses admirateurs, fut habile à profiter des conjonctures ; € soutenu par M. Fouquet, dont il était particulière- « ment connu, il ne fît pas mal ses affaires dans la € •Guienne. Il avouait lui-même et en plaisantait sou- « vent, que, en deux ans et demi, il en avait rapporté € cinquante mille francs tous frais faits ; précaution, « ajoutait-il, qui m*a été d'un grand secours tout le € reste de ma vie (2). » Lorsque, plus tard, Saint-

(4) Tallemant des Réaux.

(2) Préface des yérilables œuvres de Saint-Évremond, 4707.

Évremond fuira de France par un contre-coup de la disgrâce de Fouquet, il pourra bien se poser en victime de l'arbitraire, expiant le crime léger d'une satire inédite contre la paix des Pyrénées. Mais ses malversations avouées par ses amis justifiaient Louis XIV par un grief légitime, et elles le réduisent lui-même à cette innocence hypocrite qui, à force de tours d'adresse, détourne les yeux du public de la culpabilité véritable sur une imputation imaginaire.

L'histoire de Gourville, le complice et le compagnon d'exil de Saint-Évremond, est le type le plus complet de la vie des financiers de cette époque. D'abord Eérault et valet de chambre dans la famille de La Rochefoucauld, plus tard Gourville du nom d'une terre qu'il acheta en Poitou, il avait été l'agent des intrigues et des violences de La Rochefoucauld et de Condé dans la Fronde des princes. Après la paix de Bordeaux (1653), il passa au vainqueur; il vint se mettre à la disposition de Mazarin, qui, pour avoir à son service cette capacité, la paya d'une pension de deux mille écus sur les bénéfices. Ses conseils, on vient de le voir, et son intervention avaient bien réussi en Languedoc et au parlement de Paris. Le succès paraissait confirmer son importance, lorsque, pour qu'il ne lui manquât aucune aventure, il déplut au ministre par l'action trop puissante qu'il exerçait sur le prince de Conli, et fut envoyé à la Bastille. Mais dans ce tumulte d'affaires capricieuses et de besoins contraires, les disgrâces ne duraient pas plus que la faveur. Gourville redevenu nécessaire sortit de prison, et Mazarin

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