‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 67 sur 140 · LES FINANCIERS : FOUQUET · texte numérisé non relu

LES FINANCIERS : FOUQUET

honte de faire, à genoux, devant le Parlement, amende honorable. Le nouveau surintendant, Fouquet n'exploitait pas moins lucrativement son autorité et son droit d'adjuger les fermes. Personne n'aurait pu encore préciser par le détail ses diverses prévarications, mais on les soupçonnait à son luxe, comme on les sentait à l'aggravation du poids des charges publiques. Sans anticiper sur l'époque des accusations formelles, nous pouvons rapporter ici, comme à leur date, bon nombre de méfaits accomplis longtemps avant d'être tirés au jour. Le surintendant se faisait payer 120,000 livres de rente sur la ferme des gabelles, 140,000 sur celle des aides, 40,000 sur les fermiers de Bordeaux. Il rétribuait ses maîtresses, ses commis, ses enfants sur les mêmes fonds. Les fermiers de Bordeaux avaient à servir 1 25,000 livres à madame Duplessis-BelIièvre, 10,000 à Créqui, gendre de cette dame, 10,000 à madame de Charost, fille de Fouquet. Le comte de Charost avait fait, par cette alliance, une bonne opération, enviée des princes du sang euxmêmes. « Sire, disait au jeune roi son frère le duc « d'Anjou, j'ai perdu mes dix pistoles, et je n'ai plus « rien. Permettez-moi d'épouser une de ces petites € Fouquettes ; car le comte de Charost regorge d'ar- < gent depuis son mariage (1). » Pellisson, entré au service du surintendant en 1 656, ressentit immédiatement l'effet de libéralités semblables; il en loue le bienfaiteur dans son « remerciement du siècle » pour

(4) Journal de deux Hollandais, mai 1657.

254 TABLEAU DE L'ADMINISTBATION INT^BIEURE.

mademoiselle de Scudery, et dans c un remerciement « plus grand i* pour lui-même (1 ). La reconnaissance, cette vertu des grands coeurs, rare comme eux, la fidélité à un patron malheureux , la patience dans ks rigueurs du cachot et de la misère, ont illustré Pellisson, et assuré à ses malheurs un intérêt longtemps populaire. Mais ces titres, tout honorables qu'ils sont, n'ont pu le décharger de la complicité avec Fouquet. Il avait des profits sur la rentrée des offices de Lorraine et de Bar, 21,000 livres de pension sur les gabelles du Lyonnais et du Languedoc, un préciput de 20,000 livres par an sur une compagnie pour la pêche de la baleine privilégiée du roi. S'il ne prenait pas lui-même, il savait au moins sur qui étaient pris les dons qui lui constituaient une richesse véritable ; et s'il a bien supporté l'infortune, cette infortune n'était pas l'innocence persécutée.

La culpabilité de Fouquet est la plus célèbre, parce qu'elle éclata dans une disgrâce retentissante. Celle de Mazarin a fait moins de bruit, parce qu'elle a été à moitié couverte par la déférence immuable que Louis XIV a toujours observée envers le favori de sa mère jusqu'après sa mort. Cependant le premier ministre ne diffère du surintendant que par les formes basses et étroites de sa rapacité et de son avarice. Il n'était pas moins ardent à la convoitise, il a ramassé plus de trésors. Tous les moyens lui étaient bons, comme si l'État eût été une mine à la merci de qui-

{\) Marcou, Étude sur la vie et les ouvragés de Pellisson.

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