‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 68 sur 140 · LES FINANCIERS : MAZARIN · texte numérisé non relu

LES FINANCIERS : MAZARIN

conque savait se l'approprier, et le pouvoir un droit et un instrument d'exploitation. Dès le temps de la Frondedes princes, on l'avait accu se d'exercer la piraterie, de l'autoriser par lettres patentes, d'avoir à Toulon un agent à lui pour cette recette qui lui rapportait 800,000 livres (1), Pendant sa retraite à Bruhl, cette accusation était formulée expressément dans une déclaration arrachée à la reine contre lui (2). Laissons de côté, si l'on veut , cette plainte d'ennemis acharnés justement suspects, et qui ne tire sa' force que de sa ténacité : il suffira, contre sa mémoire, des pirateries incontestables exercées sur terre après son retour et jusqu'à ses derniers moments. Fermier d'impôts, accapareur de charges publiques, il aimait encore mieux l'industrie de fournisseur, c'est-à-dire de revendeur à gros profits. Les fermes de La Rochelle lui appartenaient; et par son gouvernement du Brouage, tout le pays d'Aunis, comme ses autres gou-

(1) Lettre de madame la princesse-mère à la reine^ 16 mai 1650. « H aniorise les galères du roi à exercer la piraterie dans la Méditer- « ranêe. Il faut bien qu'elles vivent, dit-il. »

Observations sur quelques lettres écrites au cardinal Mazarin et par le cardinal Mamrin^ 1652 : « Ne sait-on pas que par lettres-patentes il a été permis aux capitaines de vaisseaux et de galères de prendra toutes qu'il leur serait nécessaire pour leur subsistance, sur amis ou ennemis ou alliés, ou môme sur les sujets du roi. Ce brigandage a rapporté 800,000 livres au cardinal qui tient un homme à Toulon pour la recette. »

(2) Déclaration du 4 septembre 1 651 , rapportée tout entière dans les Mémoires de Retz : « Notts avons appris, par plusieurs plaintes qui nous ont été faites, que les plus célèbres pirates étaient ses meilleurs amis, qu'il leur donnait retraite dans la plupart de nos ports, à la diminution de notre estime, et qu'il partageait avec eux le butin et le brigandage. »

2o6 TABLEAU DE L'ADMINISTRATION INTÉRIEURE.

vernements, était livré à ses « ménages et trafics. ^ Le roi lui avait donné la disposition des charges delà maison de la reine ; il les vendait toutes jusqu'à celles de lavandières. Il « jouissait de plusieurs fonds desti- « nés au payement des ambassadeurs, de rartillerie, « de l'amirauté, et ainsi du reste, se chargeant d'y « satisfaire et ne le faisant pas. > C'est Le Tellier, son ami, qui, pour justifier ses trésors, en expliquait ainsi l'origine devant la duchesse de Navailles et madame deMotteville(I), Nous avons loué son activité et sa prévoyance, en 1 650, à pourvoir du nécessaire l'armée de Champagne et à préparer la victoire de Rethel. Mais ses soins de fournisseur n'avaient pas le même désintéressement ni le même éclat, quand ils n'importaient plus à la conservation de son pouvoir. En 1657, on découvre, par ses lettres, qu'il entreprend, à son compte, la fourniture de Tarmée de Catalogne ; il traite la chose avec Colbert en secret comme une opération véreuse ; il veut dissimuler sa présence et son intérêt dans l'affaire. t< Étant nécessaire que mon nom ne pafi raisse pas, on peut remédier à cet inconvénient en «î faisant [paraître le nom d'Ubert ou tel autre (2). » En 1 658, au siège de Dunkerque, il se fait le vivandier et le munitionnaîre de l'armée. Les besoins étaient extrêmes, comme l'attestent les lettres de Turenne; on souffrait de l'insalubrité de l'air, de la chaleur excessive, du manque d'eau potable. Le premier mi-

{\) Motleville,— Après la monde Mazarin.

(2} Lettre de Mazarin à Colbert.

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