‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 69 sur 140 · LES FINANCIERS : MAZARIN · texte numérisé non relu

LES FINANCIERS : MAZARIN

nistre, profitant de ces nécessités, vendait le vin, la viande, le pain et l'eau, et ce regagnait sur tout ce qui « se vendait (1). »

Ce qui est sans doute plus odieux encore, c'est l'impatience d'avoir, la crainte de perdre, signes évidents de l'avidité et de l'avarice, qui se font sentir dans ses négociations de finances. Il prétendait quelquefois avoir avancé de l'argent au roi, c'est-à-dire payé des dépenses que l'État devait supporter. On est fondé à croire que c'était un détour pour couvrir d'une forme de remboursement légitime les bénéfices dont il avait envie. Fouquet lui ayant proposé des affaires à entreprendre pour le payer de ses avances, il écrivait à Colbert : « Vous pouvez dire qu'il eût été bon que j'eusse c été remboursé de ces avances sur des affaires faites, c( et non pas sur celles qu'il se propose de faire, et il « me semble que, sans présomption, je pourrais être « considéré comme les autres qui ont fait des avances « et qui ont été remboursés sur les dernières affaires « qu'on a faites, et qui sont payés des intérêts jus- « qu'au dernier sol (2). » Quels commentaires a-t-on besoin d'ajouter à ces lourdes et tenaces répétitions des mêmes mots, à ce ton grognon et presque larmoyant de créancier ajourné? Ce fut à la suite de ces réclamations qu'il fit avec Gourville le traité des fermes de la Guienne. Là encore on le voit préoccupé de prendre toutes ses sûretés, à la fois pour être exac-

(4) Mottevillc.

(%) Mazarin à Colbert, 4657.

rouis XIV. — T. !!• 47

tement payé et pour bien établir au dehors que cet argent lui est véritablement dû. Gourville avait fait un billet où il s'engageait à remettre au cardinal les deux millions sept cent mille livres. Quand Mazarin vit ce billet, il s'écria : Ah! bestia, bestia ; Gourville n'a pas mis dans son billet : valeur reçue. Gourville fut obligé d'en faire un autre où il mil valeur reçue ; il s'excusa de son oubli sur son inexpérience ; c'était le premier billet qu'il faisait ; il ne connaissait pas encore les formaUtés (1).

Nous surprendrons peut-être le lecteur en ajoutant que l'amour de l'or rendait de temps en temps Mazarin cruel. S'il ne tuait pas les adversaires de ses combinaisons financières, il les emprisonnait et les malmenait dans les cachots avec assez de rigueur pour décourager l'imitation. Les archives de la Bastille, tout récemment produites au grand jour (2), viennent de nous révéler quelques-unes de ces vengeances. On y trouve, parmi les hôtes forcés de cette prison du roi, réservée ordinairement aux coupables ou aux suspects illustres, un épicier, le sieur Niceron, qui a eu l'audace de réclamer contre le monopole de l'huile de baleine fatal à la corporation des épiciers. Mazarin et Fouquel avaient un intérêt dans ce monopole ; malheur aux petits marchands qui avaient besoin pour vivre de leur faire concurrence! On y trouve encore un banquier de Taris, le sieur Hache, débiteur frauduleux du cardinal

(h) Mémoires de Goarville.

(2) Archives de la Bastille^ publiées par Ravûsson.

Page 1