RÉCLAMATIONS CONTRE CES DÉSORDRES
Hache servait d'intermédiaire pour Tescompte des. traites expédiées par le receveur des fermes de la Rochelle ; il n'avait pas été fidèle dans ce service, il avait fait tort au fermier Mazarin. Deux ans de captivité et d'incroyables rigueurs durent lui apprendre, et à ses semblables, qu'un dommage d'argent infligé au premier ministre était un crime d'État aussi grave et plus sûr du châtiment que les dilapidations en masse ou la révolte à main armée.
Cependant de tels excès ne passaient pas inaperçus ni sans réclamations. On faisait plus que les soupçonner; on les affirmait, on les dénonçait tout haut. Depuis la chaire chrétienne jusqu'à la caricature, bien des voix, sur des tons divers, s'accordaient à opposer l'abondance des financiers à la pénurie de l'État, la pauvreté du roi à la richesse de ses agents. Il parut en Flandre, pour l'année 1658, des almanachs à images qui n'épargnaient personne. Fouquet et Servien, les deux surintendants, y étaient représentés à une table toute servie de plats de louis, de pistoles et de quarts d'écus; le cardinal, du haut bout où il trônait, empêchait le public d'y manger, renvoyant les affamés à l'hôpital; Le Tellier, dans un coin, tournait la broche, et tirait çà et là quelques lardons d'or pour les jeter au roi (i). Dans le carême de la même année, un capucin, prêchant devant le roi, aborda hardiment la question, fit parler les peuples épuisés contre les ministres spoliateurs, et montra la substance de la nation passant
(4) Journal de deux Hollandais^ 29 février 1658.
260 TABLEAU DES MCEURS SOUS MAZÀRLN.
.en des mains étrangères... c en des mains étrangères^
< sire, qui exercent des libéralités qui ne devraient
< partir que de Votre Majesté, donnant toutes les ré- « compenses, et prenant pour elles et pour leurs « créatures toutes les finances de votre État (1). > S'il fallait une certaine audace pour affronter ainsi la toute- puissance des accusés, il n'était pas besoin d'une perspicacité supérieure pour vérifier l'exactitude du réquisitoire; depuis longtemps, la magnificence affectée des gens d'affaires trahissait d'elle-même son origine détestable.
II. — Le luxe des financiers et de la noblesse : Breton villiers, Servien, Foaqucd Mazarin. — Les grandes fêtes; le jeu.'— Pauvreté du roL
Le luxe, c'est-à-dire la déclaration publique de richesse, est presque toujours le mobile et le but des concussions de tout genre. On ne court si fort après l'enrichissement que pour en jouir plus vite et plus longtemps, et une de ses premières jouissances est assurément le pouvoir d'afficher une importance nouvelle, de narguer autrui, de se faire reconnaître pour l'égal d'anciens supérieurs ou pour le supérieur d'anciens égaux. Tel était aussi le grief de Louis XIY contre les financiers du temps de sa jeunesse. On le sent à la définition qu'il en donne : « Gens d'affaires, « dit-il, qui d'un côté couvraient leurs malversations « par toutes sortes d'artifices, et les découvraient de
(1) Journal de deux Hollandais^ avril 4658.