‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 72 sur 140 · LE LUXE : BRETONVILLIEBS, SERVIEN · texte numérisé non relu

LE LUXE : BRETONVILLIEBS, SERVIEN

« lisse à pots de fleurs très-bien représentés. > Le grand appartement, supérieur à la magnificence de beaucoup de rois, offrait une antichambre tendue d'une tapisserie fine, décorée d'ornements et de peintures parfaites, des chambres à beaux miroirs, à meubles de la Savonnerie en velours cramoisi semé de fleurs d'or, un cabinet également peint et doré. Au nord du jardin, une longue galerie à deux étages, dont les ruines permettent encore de deviner l'architecture intérieure, se rattachait en retour d'équerre au bâtiment principal, et servait de théâtre aux fêtes, ou de musée aux objets rares et précieux par où ces envahisseurs de la richesse témoignaient volontiers qu'ils aimaient autre chose que l'argent. Deux balcons, l'un au bout de la galerie, l'autre sur le bras gauche du fleuve, ouvrait au mpitre du logis une large vue sur la campagne et sur la ville qu'il semblait dominer de son oisiveté et de son opulence, comme il s'était engraissé de leurs dépouilles. C'est là que trônait l'ancien receveur, et qu'il dépensait les six cent mille livres de rente que lui attribue Tallemant des Réaux(l).

Un autre homme, d'une nature différente, illustre d'abord par des négociations qui n'étaient pas des traités de finances, était passé de la diplomatie à la maltôte, et entre la paix de Westphalie et la diète de Francfort, avait su s'égaler aux financiers les plus heiKirax. Àbel Servien, surintendant de moitié avec

[\) Journal de deux HoWanrfflis.— Tallemant des Réaux.

26i TABLEAU DES MŒURS SOUS MAZARIN.

Fouquet (1653), était, dès sa seconde année d'exercice, en mesure de supplanter les plus puissantes familles. Il achetait des Guise (1 654) la terre de Meudon, et comme les grandeurs qui avaient suffi à la maison de Lorraine n'étaient pas assez pour un surintendant, il en changeait toute l'ordonnance, c faisant « du rond le carré, du haut le bas, et de l'élevé Ta- « plani. » De nombreux ouvriers consolidaient cette terrasse dont la haute et longue muraille au-dessus du village semble une forteresse dominant un précipice. Au bois entouré de murs, il ajoutait environ une demi-lieue de pays pour s'y faire un parc à longues et larges allées. Il tirait un ornement nouveau des inégalités du terrain, en échelonnant parterres sur parterres. En passant d'un coteau à l'autre par de nouvelles acquisitions, il se créait deux étangs dans la vallée intermédiaire. Il était bas les orangeries pour les relever plus loin à une meilleure exposition, et dans une forme plus soHde. A l'intérieur de la maison, il faisait exécuter un vrai chef-d'œuvre, un escalier se soutenant en l'air sans noyau (1). Meudon devint la grande passion de Servien. Pour le visiter souvent, sans perdre un temps trop considérable, il imagina d'y aller par eau, et pour cela il se fit construire, en Hollande, un yacht divisé en plusieurs chambres, qui permettait, pendant le trajet, à ses amis de se divertir, et à lui-même de travailler sans distraction. L'histoire de ce yacht est une suite de

(1) Journal de deux Hollandais^ septembre 4657.

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