LA PAUVRETÉ DU ROI
vertement, le renvoya à l'édit qu'il bravait, et le força (Farracber immédiatement le gros galant qui ornait ses chausses. On dut poursuivre dans les rues ceux qui s'y montraient dans un appareil contraire à ses ordres, sans faire grâce même aux étrangers; deux d'entre eux racontent que pendant plusieurs jours ils n'osaient sortir, parce qu'ils n'avaient que des babits à l'ancienne mode. Lui-même il voulut se poser en modèle de simplicité. Cinq mois après la promulgation de l'édit, il se montrait à une revue avec un justaucorps de velours noir à boutons de soie, et, par-dessus, un baudrier de maroquin noir sans frange (1 )• Était-ce déjà le premier essai de cette vengeance qui fit explosion, cinq ans plus tard, par le procès des financiers? Était-ce, dans un cœur encore jeune et généreux, le sentiment du mal qui appelait une prompte réforme? Heureux s'il eût compris tout ce que la fortune publique et privée, et surtout les mœurs, avaient à craindre de cette splendeur extravagante dont il n'a pas su lui-même, aux jours de sa gloire, repousser la tentation !
ni. — La licence des mœurs. — Les premiers amours de Louis XIV : Olympe et Marie Mancini. — Persistance de la misère publique. — Premiers sermons de Bossuet : dernières fondations de Vincent de Paul ; l'hdpital général. " Besoin universel de la paix.
Le danger se révélait déjà dans la ruine de plusieurs de ces magnifiques. Les dettes, cette lèpre des grosses
mascuUa était fort chargé (Génin). Un galant était un nœud de rubans.
(4) Voyage de deux Hollandais, 2 avril 4657.
280 TABLEAU DES MOEURS SOUS MAZARjN.
fortunes, qui devait être la misère constante du grand siècle, commençaient à flétrir les existences les plus brillantes. On racontait que le comte de Garavas, un ami de Gondé, émigré avec lui, avait été arrêté par ses créanciers sur le pont de la Haye. II resta détenu jusqu'à ce que Ripperda, son beau-père, l'eût cautionné. Au dedans, la mort du duc de Gandale, fils du duc d'Épernon, produisit une vive impression par la découverte qu'il laissait sept cent mille livres de dettes (1). Les La Rochefoucauld, fort mal dans leurs affaires, pour rétablir l'équilibre ou pourvoir aux dépenses les plus pressantes, se plaçaient dans la dépendance absolue de leur ancien domestique. Le père remettait à Gourville le soin d'administrer ses terres, d'en percevoir les revenus, d'éteindre les dettes, se réduisant personnellement à une pension mensuelle de quarante pistoles pour ses habits et ses menus plaisirs. Le fils, prince de Marsillac, dénué d'argent et d'équipage pour aller à l'armée, empruntait à Gourville d'abord soixante mille livres, un peu plus tard cinquante mille, et dans un autre besoin vingt mille. La famille en fit une constitution au prêteur, et le duc de Liancourt, pour mieux assurer ces emprunts, les cautionna. La Rochefoucauld ayant voulu se défaire de son équipage de chasse, Gourville lui épargna ce sacrifice en prenant sur luimême la moitié des frais d'entretien (2).
L^immoralité était une autre plaie plus profonde,
(4) Joumul de deux Hollandais, 4*' février 4658. (2) Mémoires de Gourville.