LA CORRUPTION DES MŒURS
et non moins vivace, comme Ta prouvé toute l'histoire du XYii' siècle. Le luxe est si bien l'origine ou le foyer des mauvaises mœurs, que son nom latin, luxuria^ est devenu dans le langage chrétien le nom de la passion la plus impure. Il pousse aux plaisirs et à la variété des satisfactions parce qu'il a de quoi suiBre à toutes les convoitises : il pousse au vice par l'élégance qu'il lui prête ; il le réhabilite par une distinction qui anime l'orgueil des efTrontés et rassure les volontés faibles contre la honte. Que l'intérêt matériel vienne s'y joindre, l'espoir de s'enrichir en cédant à des propositions coupables, dès lors la provocation ne trouve plus de résistance, et le vers de Boileau, au lieu d'une boutade de malignité morose, n'est que la simple expression d'un fait dont les preuves abondaient sous ses yeux :
Jamais surintendant ne trouva de cruelles.
Le beau monde de l'époque ne reculait pas devant cette théorie à la fois vile et lucrative, c Vous vous « amusez après la vertu, écrit Bussi à Sévigné, a comme si c'était une chose solide, et vous méprisez c le bien, comme si vous ne pouviez jamais en man- « quer; ne savez-vous pas ce que disait le vieux Se- « nectaire, homme d'une grande expérience et du « meilleur sens du monde : que les gens d'honneur
< n'avaient pas de chausses. Nous vous verrons un « jour regretter le temps que vous avez perdu : nous € vous verrons repentir d'avoir mal employé votre
< jeunesse, et d'avoir voulu avec tant de peine ac-
< quérir et conserver une réputation qu'un médisant c peut vous ôter, et qui dépend plus de la fortune que « de votre conduite (1 ) . »
Tous ces hommes en effet recherchaient, comme un complément de leur élévation, les succès en matière d'amour, la conquête des objets les plus enviés. Madame de Sévigné compte au premier rang parmi celles qui furent le plus poursuivies, et elle le mérite surtout par la fermeté de sa résistance indomptée. Veuve à vingt-quatre ans, et dispensée de tout regret pour un mariage qui ne lui rappelait aucun souvenir heureux, étincelante d'esprit, de talent et de beauté, on la voit, courtisée par le prince de Conti après la paix de Bordeaux, résister aux cousins de Sa Majesté^ malgré le défi de Bussi. Lesdiguières lui en voulait^ dit un témoignage contemporain, et cette fête que nous avons décrite plus haut était à l'intention de la gagner ou de la compromettre. Nous ne parlons pas des obsessions permanentes de ce fat de Bussi, qui n'aboutirent qu'à le mettre un jour en fureur et à le jeter par vengeance dans la calomnie. Fouquet se distingua par des avances dont on parlait partout, dont Bussi encore suivait avec malice les progrès ou les échecs. Le surintendant fut obligé de se réduire à la simple amitié ; rien n'a pu établir un soupçon sérieux contre la vertu de la femme qu'il désignait ainsi à tous les regards, pas même les lettres signées d'elle qu'on retrouva plus tard chez lui et qu'on lut avec avidité. Cependant il
(4) Bui^rsi à Sévigné, 16 juin 4654.