‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 82 sur 140 · PREMIERS DÉSORDRES DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

PREMIERS DÉSORDRES DE LOUIS XIV

« voir (1). » Mais dans quelle catégorie ranger une autre lettre dont la signature et l'objet semblent être , la réunion de toutes les turpitudes. L'auteur est une grande dame; elle annonce au surintendant qu'elle a trouvé une nouvelle complice pour sa lubricité, un plaisir à trente pistoles qui lui sera aussi doux que ceux qui lui coûtent tant d'argent (2) . Cette dame était la maltresse de Fouquet ; à ce titre elle recevait, avec quelques membres de sa famille, une énorme pension sur les gabelles. Descendue à la seconde phase de ses complaisances, elle continuait à gagner son argent en pourvoyant le luxurieux au rabais.

Pendant qu'un reste de mystère couvrait en partie ces désordres qui n'en minaient pas moins la société par la base, la cour offrait un spectacle peu capable de rassurer pour l'avenir les hommes de bien et de probité morale. Les amours de Louis XIV commençaient. Le petit-fils de Henri IV avait, dans son héritage de famille, des instincts de volupté qu'aucune éducation forte n'avait amortis, et il trouvfltit autour de lui des excitations que le sentiment des convenances était impuissant à contrebalancer. Les rappels à l'ordre, que sa mère lui adressait de temps en temps, étaient contredits par les manières belles et galantes auxquelles se complaisait Anne d'Autriche (3) ; la connivence intéressée qu'on peut imputer àMazarin, livrant à sa merci les objets de ses désirs, lâchait la bride à sa

(1) Mémoires de Conrart, 29 septembre 4661.

(2) Mémoires de Conrart.

(3) Révoir au eh. II, ce que dit madame de MoUeville à ce sujet.

fougue naissante. C'est par les nièces de Mazarin qu'il débuta dans cette voie coupable. Après la dispersion de la Fronde, à seize ans, il commença à distinguer Olympe Mancini dont l'atnée avait épousé le duc de Mercœur. Il lui accorda devant toute la cour une préférence dont la princesse d'Angleterre était jalouse. Il la menait toujours danser ; les divertissements, les bals, semblaient n'être que pour elle. En 1656, dans cette même année où il promulguait des lois somptuaires contre les dépenses inutiles et les parures excessives, il ne craignit pas^ pour amuser et honorer Olympe Mancini, de faire une course de bagues àTimitation et avec l'éclat de l'ancienne chevalerie. On se demandait si cet amour n'irait pas jusqu'au mariage; la reine seule soutenait qu'il n'en serait rien. L'année suivante en effet (février 1657), Olympe Mancini épousa le comte de Soissons, prince de Savoie et de Bourbon tout ensemble, dont le père, de la branche de Carignan, s'était greffé par mariage sur une branche de la maison deCondé (1). Olympe devint ainsi cette comtesse de Soissons ou simplement madame la Comtesse, destinée à tant d'importance dans les intrigues de la cour, et plus tard à l'odieux renom d'empoisonneuse(2).

(1) Les comtes de Soissons étaient une branche de la maison de Condé, par un fils de Louis de Condé tué à Jarnac. Le comté de Soissons tomba en quenouille en 4641. Marie de Bourbon, seule héritière, avait épousé François-Thomas de Savoie-Carignan qui commença une nouvelle série de comtes de Soissons et servit la France en Italie dans les derniers temps de la guerre de Trente Ans. C'est le fils de ce prince Thomas qui époussa Olympe, et fut le père du fameux prince Eugène.

(2) Motteville.

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