‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 94 sur 140 · ENCOURAGEMENTS AUX LETTRES · texte numérisé non relu

ENCOURAGEMENTS AUX LETTRES

assez légitime ne permettait plus au pouvoir de pensionner régulièrement les écrivains, les grands seigneurs ou les financiers le remplaçaient. On sait que le duc de Langueville stipendiait les efforts opiniâtres et lents de Chapelain ; la malignité prétendait même que, si la Pucelle ne paraissait pas, c'était parce que l'auteur craignait que la pension ne cessât avec l'attente et les illusions du public et du protecteur (1). Scarron, accusé d'avoir commis, en 1650, la MazarinadCf avait perdu sa pension de malade de la reine : tous ses efforts étaient vains pour rentrer en grâce ; ni ses supplications ni sesappds àla clémence du ministrene lui profitaient. Ce que Mazarin s'obstina toujours à ne pas lui rendre, il l'obtenait de Fouquet. Le métier de solliciteur n'humiliait pas ce rieur de mauvais goût* « Il y a tant de personnes riches et de la plus grande distinction, disait-il au surintendant, qui vous demandent avec moins de retenue que je ne fais, et qui ont moins à prétendre en vos bienfaits qu'un malheureux comme je suis ! j> Inépuisable à inventer des moyens de recevoir, tantôt il touchait de l'argent comptant,, tantôt il s'assurait une part dans quelque traité de finances. Il eontribua vivement à faire ériger enferme la compagnie des Déchargeurs, au grand avantagé des marchands selon lui, et à son propre bénéfice,, comme il en convient dans son rem€reîmeiit(2), Scarron n'était pas* le seul en qui la libéralité du surintendant entretint l'ardeur et la liberté

(II) Menagiana,

(2) S«fflrron, lettre an aarinUHidaiit.

d* écrire; on le verra bien en particulier à la reconnaissance de mademoiselle de Scudéry ; et il est juste d'ajouter que l'éloge de Fouquet en vers et en prose n a pas été le seul produit de sa bienveillance, puisque c'est cette bienveillance qui a ramené Corneille au théâtre après un long découragement

Ce besoin de protection avait mis les lettres aux pieds de Richelieu et même d'Anne d'Autriche, quand l'autorité royale était forte et assez riche pour payer ses louanges. Pendant les Frondes, le pouvoir incertain et pauvre n'inspirant plus la même confiance, les hommages se portent volontiers ailleurs, à l'étranger, et sur les rivaux de Mazarin ; les hommes de lettres passent pour quelques années au parti de l'opposition. Il y a une reine vers laquelle montent encore les panégyriques ; mais au lieu de la reine de France, c'est Christine de Suède. Descartes, retiré auprès d'elle et mort à Stockholm, avait mis à la mode le nom et l'admiration de la fille de Gustave-Adolphe. On la savait érudite et philosophe, lisant Tacite en latin, Thucydide en grec, parlant avec les ambassadeurs toutes les langues de l'Europe. Elle avait aussi une renommée de munificence qui ne pouvait nuire au respect qu'inspiraient ses talents. Après la paix de Munster, elle devient le juge souverain des sciences et des arts : « C'est elle qui met le prix aux ouvrages de l'esprit. » Ménage, Balzac, Scudéry, chantent à l'envi cette royauté. Ménage, lui dédiant les petits poëmes latins de Balzac dont il s'est fait l'éditeur, la déclare supérieure à son père parce qu'elle a étendu non-seulement les limites de

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