‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 98 sur 140 · APPARITION DES POEMES ÉPIQUES · texte numérisé non relu

APPARITION DES POEMES ÉPIQUES

tes tant promis, tant désirés. Ils paraissent donc, ces poëmes épiques, les uns sur les autres, l'un après Tautre, chacun annonçant celui qui doit suivre, et louant celui qui a précédé : le Moïse sauvée par Saint- Amant(1 653), le Saint-Louis^ par le P. Lemoyne (1 653), Alaric^ par Scudéry (1654), la Pharsale, par Brebeuf (1665), la Pucelle, par Chapelain (1656), Clovis, par Desnoiarets (1657). Contentons-nous de ces éclosions. Chaque poëte, excepté pourtant le P. Lemoyne, a de lui-même au moins aussi bonne opinion que de ses émules. Marc-Antoine de Gérard, sieur de Saint- Amant, écuyer, gentilhomme de la reine de Pologne, et de la caste nobiliaire des Calprenède et des Scudéry, déclare qu'il n'est jamais mieux dans son élément que lorsqu'il s'enfonce dans les sujets les plus grav.es et les plus sublimes. Si pourtant il s'est plu à décrire de petites choses, c'est parce que la nature est plus ingénieuse dans la construction d'une mouche qu'en celle d'un éléphant. Scudéry (cela ne peut nous surprendre) avoue qu'il s'est un peu pressé, mais il espère que sa gloire n'en souffrira pas. « J'ai tant de facilité à faire « des vers et à inventer, qu'un poëme beaucoup plus « long ne m'aurait pas coûté davantage. > Le lecteur aurait deviné tout seul que de pareils vers ne doivent en effet rien coûter à personne. < Mais j'avais tant « d'impatience de faire voir à la grande reine, pour qui € j'ai composé cet ouvrage, la profonde vénération que

ordurière, qui est, à notre avis, celui de ses ouvrages où Scarron a eu le moins d'esprit et de bonheur à tourner le vers gai et leste.

33Î LA LîTTÉBATURE PENDANT LES FRONDES.

€ j'ai pour une si haute vertu, que je n'ai pu retenir « mon zèle, me flattant de l'espérance qu*à rongle elle € reconnaîtrait le lion^ pour user de l'an cien proverbe. » Brébeuf se glorifie d'avoir l'approbation des plus délicats et des plus intelligents delà cour. Chapelain conseille la prudence et la circonspection à ceux qui prétendront le juger; ils feront bien de s'examiner les premiers, et de se demander s'ils possèdent les lumières nécessaires pour prononcer sur son invention, sur sa disposition et sur son élocution. Desmarets défie ses ennemis de rien produire d'égal à ses œuvres : « On a verra si l'envie qui s'enfle à propos de l'excellence a d'un poëme produira contre lui quelque enfant qui € soit assez fort pour le combattre. . . ou si ne pouvant « l'enfanter, on se moquera du ridicule espoir de ceux € qui prétendent bâtir de sa ruine les fondements de € leur statue (1). >

Chacun représente un système littéraire, et le justifie, sans pourtant rien retirer de son admiration aux amis dont les systèmes sont différents ou contraires. Saint- Amant a pris son sujet dans l'Histoire sainte ; il s'insurge contre l'imitation exclusive des anciens; il ne veut pas qu'on sîattache servilement à ne dire que ce qu'ils ont dit, « comme si l'esprit humain n'avait pas rc la liberté de rien produire de nouveau, d Scudéry

(\ ) Il est vrai que la préface d*où nous extrayons celte bravade est postérieure à 4672, et précède une édition refaite, et augmentée des gestes de Louis XIV. Mais la suffisance de Desmarets, aussi bien que ses attaques contre les anciens que nous citons plus bas, appartiennent à toutes les éditions de son poëme comme à toutes les époques de sa vie.

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