‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 102 sur 151 · LA COMÉDIE DE BOISROBERT ET DE SGARRON · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE DE BOISROBERT ET DE SGARRON

titué à son maître pour lui gagner un cœur ou rendre un rival odieux (I). Boisrobert, dans ses préfaces, n'a pas do meilleurs répondants à présenter au ])ublic que les grands Espagnols (ju'il se glorifie de reproduire et çù et là de perfectionner. 11 trouve de si belles choses chez les Espagnols, qu'il s'étonne que les illustres Corneille et leurs inférieurs n'aient pas découvert de si précieuses inventions (2). Or, ces grandes inventions «ont Cassandrc, comtesse de Barcelone, qui passe tantôt pour la fille du prince souverain, tantôt pour la fille d'un seigneur dont elle aime le fils, qui se croit trahie par des lettres changées d'adresses, et épouse à ia fin son amant, parce qu'elle n'est pas sa sœur mais la vraie princesse. Ou bien, c'est la comtesse de Pembroke, Arlhénice ou Sapho, qui fait deviner des énigmes aux mignons d'Apollon, qui composent son cercle, provoque entre eux des paris sur la chose que chacun tient pour la plus impossible^ et offre au valet Philipin l'occasion de faire gagner par son maître son pari et sa maîtresse tout ensemble.

On reconnaît pourtant, dans la Belle Plaideuse de Boisrobert(l6r)5), quelques traits dont Molière a fait son bien : un fils prodigue qui cherche un usurier et se trouve en présence de son père, un préteur qui ne peut donner que mille écus comptant et offre le reste en guenons, perroquets empaillés et canons moitié cui-

(1) Scarron, Jodelet duellistej Jodelet valet et maître, Jodclct dans la Dame inUresf^ée,

(2j Boisrobcrt, Dédicace de \îi Voile Gageure, 1653, à propos delà Vérité menteuse.

vre et moitié bronze ; un père avare, à moitié amoureux de la maîtresse de son fils, qui se laisse voler pour elle et paye son voleur. Dans la Dame intéressée de ScarroD, Jodelet, par son audace, ses poses, la fatuité de son langage, a Tair d'être le précurseur de Mascarille chez les Précieuses. L'ensemble même de la pièce, les exigences de la dame et le nombre de refus qu'elle reçoit, sont comme un essai delà comédie de caractère. Mais le plus souvent Scarronne cherche le rire que dans le burlesque et dans le langage ordurier. Son burlesque, assez tolérable quand il n'est que la parodie des Précieuses (voir plus bas), tombe bien vite si bas qu*il n'est pas même possible de le transcrire. Bon Japhet d'Arménie est l'original de Pourceaugnac par les honneurs dérisoires qu'il subit, parles mauvais tours qu'on lui joue, mais il a bien d'autres impatiences amoureuses que le gentilhomme limousin, et des libertés de langage dans l'expression de ses feux à faire rougir les plus libertins. Jodelet, en tête à tête avec la Dame intéressée, épuise toutes les formes des pensées lascives, mots propres et périphrases, pour déclarer ses goùls et l'emportement de ses désirs. Au milieu d'une pareille lecture, l'esprit dégoûté en vient à trouver la trivialité supportable, (juand elle n'est que la trivialité, comme dans celte scène où un autre Jodelet raconte la mauvaise nuit qu'il a passée :

La punaise M'a pourtant empêché de dormir à mon aise.

Les cousins m'ont piqué; les rats et les souris M'ont p...sé sur le nez et j'ai vu des esprits.

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