‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 103 sur 151 · LA GROSSIÈRETÉ DANS LA COMÉDIE. :J · texte numérisé non relu

LA GROSSIÈRETÉ DANS LA COMÉDIE. :J

Au reste, nous avons vu que, depuis la Régence, le burlesque avait pris place entre les genres. Pcllissori, dans son histoire de rAcadémie(lGo2), s'en plaint amèrement : € Chacun des deux sexes s'en croyait capable, depuis les dames et les seigneurs delà cour jusqu'aux femmes de chambre et aux valets (1). » C'était là ce qui conservait une grande vogue aux farces des Italiens, aux types perpétuels de Trivelin, de Scaramouche et du Capitan, à leurs postures et gestes, capables de faire éclater le monde (2), quoiqu'on n'entendit pas leur langue. Veut-on une preuve plus décisive encore de celte erreur du goût? Molière, alors acteur de province, débutait par le burlesque. On a retrouvé et publié réemment deux des premiers essais de ce génie qui fut aussi sans égal : la Jalousie du Barbouillé et le Médecin volant. Qu'y trouve-t-on de plus saillant? Des calembours, des grossièretés, des obscénités. D'où vient bonnet? de bonum est y parce que le bonnet garantit des catarrhes et des fluxions. Un personnage cite Cicéron; le barbouillé répond : « Si serompt^ si se casse, ou si se brise, je ne m'en mets guère en peine. > Dans le Médecin volant, original du Médecin malgré lui, Sganarelle visite les urines de l'égrotantc; il en boit pour mieux discerner la cause et la suite de la maladie, mais il y en a trop peu, il demande qu'on lui en serve davantage. Nous nous abstenons de citer textuellement les (piestions d'un docteur à une femme docteur sur

(<) Pellisson : Histoire de V Académie, à rarliclc Saint-Amanl. Ménage, Mcnagiaua, — Cldie : IV* parlic, liv. U, pages 861-869. (2) Journal de deux Hollandais.

rj30 LA LlTTÉRATrRE PENDANT LES FRONDES.

la conjonction, les {genres, la déclinaison et la synlaie. Do si ijçiiohies inventions ne sont pas de l'esprit; elles ne seraient avonres anjoin^riuii par aucun auditoire. Mais à celte époc MU d(î transition cpfon appelle les Frondes, ('lies lV!ls^issaimt parce qu'elles répondaient à deux besoins. D'une part le burlesciuo donnait aux pamphlets des modèles de caricatures; ralliance était si intime, qu'on attribuait à Scarron, qui s'en plaint(l), tout ce (pii s'imprimait de bon et de mauvais. DeFautre, le gros rire détendait les manières trop guindées dn beau monde et le délassait de sa solennité. Comme le jansénisme, par ses excès de vertu, poussait à l'indiflérence en matière de religion, ainsi le bon ton, par ses ligueurs de j)ensées et de langage, poussait à Ja licence dans les choses de l'esprit.

La poésie épiipie garde mieux sa dignité quelc théâtre, et, si elle va se heurter à un immense éclat dcrire, ce n'est pasau moins de son plein gré. Comme elleprètend à Tadmiration, non à la gaieté bruyante des lecteurs, elle ne j)eut descendre au burlesque que parla parodie, et ce n'est pas elle-même qui dessine sa charge, \.\flncidc travestie^ commencée avec la Fronde, continuée ou modiiîée selon les moments, dans le cours de la guerre civile (2), n'avait pas découragé ces poe-

(1) Lcllrc à propos des 104 vbrs publiés en 1651, pour se disculper d'avoir composé la Maxarinadc,

(2) Ce vers à la louange d'KiK^'c :

Volnl Uazarin, ort honnCic liommc (liv. VI).

n'est évidemment pas do Tépoquo où Scarron était dans les bonnes grâces de la reine et de fon ministre.

Nous ne cro\'ons pas devoir citer autre chose de celle farce plate cl

Page 1