APPARITION DES POEMES ÉPIQUES
tes tant promis, tant désires. Ils paraissent donc, ces poëmes épiques, les uns sur les autres, l'un après Tautre, chacun annonçant celui qui doit suivre, et louant celui qui a précédé : le Moïse sauvé , par Saint- Amant (I G33), le Saint-Louis^ par le P. Lemoyne (1 Go3), AlariCj par Scudéry (1654), la Pharsale^ par Brebeuf (1055), la Pucelle^ par Chapelain (1656), Clovis^ parDesmarets (1657). Contentons-nous de ces éclosions. Cha(|uc poëte, excepté pourtant le P. Lemoyne, a de lui-même au moins aussi bonne opinion que de SCS émules. Marc-Antoine de Gérard, sieur de Saint- Amant, écuyer, {gentilhomme de la reine de Pologne, et de la caste nobiliaire des Calprcnède et des Scudéry, déclare (jii'il n'est jamais mieux dans son élément que lorsciu'il s'enfonce dans les sujets les plus graves et les plus sublimes. Si pourtant il s'est plu à décrire de petites choses, c'est parce que la nature est plus ingénieuse dans la construction d'une mouche qu'en celle d'un éléphant. Scudéry (cela ne peut nous surprendre) avoue qu'il s'est un peu pressé, mais il espère que sa j^loire n'en souffrira pas. « J'ai lant de facilité à faire « des vers et à inventer, qu'un poëme beaucoup plus « long ne m'aurait pas coûté davantage. > Le lecteur aurait deviné tout seul que de pareils vers ne doivent en effet rien coûter à personne, c Mais j'avais tant € d'impatience de faire voir à la grande reine, pour qui « j'ai composé cetouvrage, la profonde vénération que
ordurièrc, qui est, à notre avis, celui de ses ouvrages oùScarronacu le moins dV^pril et de bonheur à tourner le vers gui et lesle.
€ j'ai pour une si haute vertu, que je n'ai pu retenir « mon zèle, me flattant de l'espcTance qu*à Vongleêlt « reconnaîtrait le lion^ pour user del'ancien proverbe.» Brébeuf se glorifie d'avoir rapprobation des plus délicats et des plus intelligents delà cour. Chapelain conseille la prudence et la circonspection à ceux qui prétendront le juger; ils feront bien de s'examiner les premiers, et de se demander s'ils possèdent les lumières nécessaires pour pron(»nccr sur son invention, sur sa disposition et sur son élocution. Desmarets défie ses ennemis de rien produire d'égal à ses œuvres : c On « verra si l'envie (jui s'enile à propos de l'excellence « d'un porme produira contre lui quelque enfant qui « soit assez fort pour le combat tre... ou si ne pouvant « fenfanler, on se moquera du ridicule espoir de ce\\\ € qui prétendent bàlir de sa ruine les fondement de « leur statue (I). >
Chacun représente un système littéraire, et le justifie, sans pourtant rien retirer de son admiration aux amis dont les svstènies sont différents ou contraires. Saint- Amant a pris son sujet dans fllistoire sainte; il s'insurge contre l'imitation exclusive des anciens; il ne veut pas qu'on s'attache servilement à ne dire que ce qu'ils ont dit, « comme si Tesprit humain n'avait pas a la liberté de rien produire de nouveau. » Scudéry
(i) Il est vrai que la préface (roù nous oxlrayons celle bravade csl ]>osléricuro à 1G72, cl précède une éililion rrfailo, et aiiornenlOo des gc?ics de Louis XIV. Mais la suffis^ïiice de Desmarcls, aussi bien que ses alla(iues conlre les anciens que nous cilons plus bas, appartiennent à toutes les éditions de sou poëme comme à toutes les époques do sa vie.