‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 105 sur 151 · SYSTÈMES DIVERS DE CES POEMES · texte numérisé non relu

SYSTÈMES DIVERS DE CES POEMES

veut que le pocme épique soit tiré de l'histoire pour garder la vraisemblance, et de l'histoire chrétienne parce que le paganisme n'est plus vraisemblable, mais non de l'histoire sahite dont il importe de ne pas altérer la vérité, toute réserve faite d'ailleurs en faveur du Moïse, qui est une exception. Il réclame en outre pour le poète le droit de traiter des sciences et des arts; pour être un véritable poëte, il faudrait ne rien ignorer. Brébeuf a pour objet de révéler les anciens à ceux qui n'entendent pas la langue de Lucain, mais aussi de les améliorer, de les émonder au besoin. S'il désespère d'égaler son modèle dans les endroits où il s'est le plus élevé, il tache de le rehausser dans ceux qui tombent. Il y a aussi des matières si choquantes, qu'elles sont or^ dinairement le supplice de l'imagination ; il les retranche, comme les sales inclinations de la magicienne Érichtho, qui n'ont pu être approuvées que dans leur temps, et il leur substitue l'histoire toute précieuse, et à la mode moderne, de Burrhus et d'Octavie « dont il n'y arien dans l'original. » Chapelain entend établir par la Pucelle que les femmes peuvent, aussi bien que les hommes, être le sujet de poèmes héroïques. Scudéry avait déjà annoncé qu'à Chapelain surtout appartenait le soin de défendre le principe en défendant sa généreuse bergère. La faiblesse de la femme n'exclut pas Théroïsme de la volonté, et l'usage de ne pas porter les armes ne prouve pas que les femmes soient incapables de les porter. Chapelain cite à l'appui les dames passionnées pour la chasse, que le soleil le plus ardent, les courses les plus longues, ni les forets les plus im-

pénétrabics, n'alTaiblissent, ne lassent, ni n'arrèlenl jamais. Son porine est le panéjjyrique des héroïnes de la Frondi*. Enlin Desniarets se pose ouvertement en ennemi des anciens. Ce n'est pas seulement une place à côté d'eux qu'il réclame; il vise à les détrôner. Gomme la beauté de la langue française est au-dessus de toutes les autres langues, ainsi les sujets modernes sont au-dessus des souvenirs de Tantiquité. Homère est entièrement défectueux; on ne peut souffrir ses lidions entassées les unes sur les autres, ses dieux introduits partout, ses narrations si longues, ses discours hors de propos. Virgile a peu d'invention. Ses fautes sont graves, surtout dans la longue et ennuyeuse narration d Knée. I/ancien le plus raisonnable est Horace, parce qu'il a dél'endu les droits des modernes contre les anciens.

Deux de ces poëtes, Scudéry et Chapelain, ont encore une bien plus haute prétention. Par delà le triomphcde leurs théories littéraires, ils cherchentpour l'épopée la gloire de servir de docteur à rhuniaiiité. Ils l'érigent en enseignement moral, qui, sous fattrail brillant des formes poétiques, sous le nom d'hommes grands ou terribles, dans le récit d'événements considérables, n'a pour but que de faire voir les combats de la vertu et du vice, les origines de nos biens et de nos maux, et le triomphe de la vertu. Chacun de leurs personnages est une allégorie dont un lecteur intelligent, à l'aide de la préface, doit lever le voile et recueillir la moralité. Alaric, aux prises avec les séductions d'Âmalasunthe, représente la puissante tentation

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