SYSTÈMES DIVERS DE CES POEMES
de la volupté; le magicien qui le persécute est l'obstacle que les démons mettent toujours aux bons desseins; Tinvincible résistiuicedu héros signifie la liberté du franc-arbitre; la prise de Rome, la couronne immortelle que Dieu donne eniîn à la vertu. Dans Chapelain, tout est allégorie. La France, déchirée par la guerre, représente Vdme de Vhomme au milieu des tourments, Charles Vil la volonté^ Amaury et Agnès, Tun favori, l'autre maîtresse, les différents mouvements de V appétit coiicupisciblej Dunois la vertu^ et Tannegui, le chef du conseil, Yentejideniént. Mais, pardessus tout, la Pucelle, qui vient assister le monarque contre le Bourguignon et l'Anglais, qui le délivre d'Agnès et d' Amaury, figure la grdce divine, (jui rairermit la volonté, soutient rentendement, se joint à la vertu, et, par un effort vielorieuXy assujettit les appétits irascible et concupiscible. La giàce divine et son effort victorieux, ne serait-ce pas un hommage à Port- Royal et à la grâce efficace de la secte? On a déjà vu (jue Chapelain ne fut pas étranger à la prenjière diffusion des Provinciales. Dans la Pucellcj la grâce est souvent en scène pour anéantir le mérite de Thomme, non-seulement dans les combats de l'àme ou dans les interventions miraculeuses de l'assistance divine, mais encore dans les actes de courage et les victoires des belligérants. L'homme n'a pas même le mérite d'avoir bien combattu, il n'a que Yhonneur d'avoir été élu pour vaincre (I).
(I) Liv. III : Discours delà PuccUc après la victoire : Oa si dans ce combat nous pouvons rien prétendre.
Kn (lopit do cotte confiance et de ces intentions, le succès, à aucune épociuc, n'a répondu à raltenle des auteurs. A Texception de leur cabale, dont onretroine quehiues échos dans la période suivante (I), les conleni|)orains les aecueilliient par la stupéfaction et le sil(»nce. On s'éloinia du peu qu'ils donnaient après avoir lait espérer tant de merveilles, et au bout de ([uelques mois on n'en disait plus rien (2). Vint ensuite la criti(iue directe, enjouée, impitoyable, deTécole de Boileau, (jui a passé en chose jugée, puis la postérité, cpii réi)ète encore le jugement sans prendre la peine de le vérifier. L'épopée du xvii" siècle était faite pour mourir en naissant ; elle n'avait rien des (pialilés (jui dominent ro|)inion même rebelle et travers(Mit les ài^M\s. (^)u'elle fut morale, honnête, qu'elle ilétrit le vice élégant, les passions coupables, loin de lui contester C(^ mérite, nous applaudissons volontiers à la juste rigueur de Chapelain contre Agnès Sord, protestîition d'homme de bien contre ces complaisances et ces complicités dont plus d'une concubine royale a Iroj) profité dans Thistoire. Mais un bon scn-
C/csl rimiinrur il'clrc élus parmi tant de pucrricrs Tour ciK iliir eu son nom do si fiimciix lauriers ; Ccilo «:rài c iiour uoiis est une insij^ne grâce
(1) Par exemple (lan^ les Mémoires de iMoiUausicr, cl dans les souvenirs de lluel : Uuctiana, {i; (l'est ce qu'avaienl annoncé ces pelits vers de Linière :
Nuus aUi-iulons do Chapelain,
Cl' nolijr el fcrond licrivain,
Tne inconiparablt' iMicfllc.
l.a caltalf vu dit loicc Lion;
Depuis viugl ans on parle d'elle.
Daub six mois on n'eu dira licu. (Mcnagiana.)