PAUVRETÉ D'ÉLOCUTION
plus malheureux que celui de la ftllCy et pourtant c'est le nom que le poète parait affectionner : t Dieu veut que pour la plie Tanj^e remplisse de flammes toutes les ftmes guerrières ; à mesure que chacun considère la fille^ on l'estime et on la révère davantage. > L'écrivain n*a donc pas l'heureux choix des mots; il n'a pas davantage l'art de lier les idées. Au moment où la Pucellc est blessée, un chirurgien visite la blessure :
Il voit en la sondant que le coup brise Tes, S'en étonne, la panse, et rcxhorte au repos.
Quel est donc le rapport entre l'étonnement et le pansement ? Évidemment le maladroit n'avait pas de quoi compléter la pensée du premier vers par le second, et il soude deux idées différentes dans la même phrase, lléussira-t-il mieux à décrire dignement des détails secondaires, qu'il s'impose à lui-même et qu'il est libre d'abandonner si l'exécution ne répond pas à son désir de vaincre la difficulté? Il veut peindre d'une façon neuve et poétique les mains d'une jeune femme, et il découvre que les mains sortent des manches, et que les doigts, (pioiciue potelés, sont plus petits que les bras :
On voit hors des deux bouts de ses deux courtes manches Sortir à découvert doux mains lonjjucs et Idanclies, Dont les doigts inc-^^aux. mais tout ronds et menus, Imitent rembonpoint des bras longs et charnus.
La raison de semblables bévues se comprend d'ellemême. L'homme (pii a fait de si méchants vers n'avait ni l'instinct ni la pratique de lu poésie. C'est une
langue étrangère qu'il entend dans les livres, mais qu'il ne sait pas parler ; c'est une région supérieure dont il croit avoir calculé l'élévation, et dont la pente trop raide repousse son pied et le fait retomber à chaque pas. Boileau a dit de Chapelain :
Il se tue à rimer, que n'écrit-il en prose?
On pourrait en dire autant de ses confrères en épopée, et en particulier de Scudéry, dont la prose n'est pas toujours méprisable. C'est pour s'tHre trompés de vocation que des écrivains, qui n'étaient pas sans mé rite, n*ont transmis à la postérité que le souvenir de leurs ridicules.
II. — Mademoiselle de Scudéry et son cercle. — Triomphe de la préciosité. — Déewverto du Tendre. — Type de la femme savante dans Sapho. -— Le Ctrat^ laCMrhistoire et appréciation de ces romans.
Avant de revenir au roman, cette forme secondaire du po('»me épique, il est utile de visiter le grand arsenal littéraire oii s'élaboraient les plus illustres monuments du genre, et de considérer pendant quelques instants la société galante qui tour à tour inspirait ces productions et s'admirait en elles.
Madeleine de Scudéry avait brillé à l'hôtel de Rambouillet par son savoir et sa facilité. Elle faisait de petits vers, quelquefois heureux, comme ceux quelle consacra aux fleurs du grand Condé, à Vincennes(l).
(1) Les visiteurs admirant à Vincenncs des œillets cultivés parle prince pendant sa captivité, Mademoiselle de Scudéry improvisa leqoa- Irain suivant :
ï.\\ Toyant ces œillets qu'un illustre guerrier