SGARRON EN LUTTE AVEC LES PRÉCIEUX
dicteurs. Scarron peut être placé à la tête, comme le plus actif et le plus redoutable par le droit de tout dire à la façon du fou du roi, et par le talent d'attraper assez à propos Fidée ou Texpression plaisante. C'est lui qui le premier a appelé les Précieuses les jansénistes de r amour (\)y définition que Saint-Évremond commente avec une crudité que nous ne reproduirons pas. Il écrivait à Sarrazin contre les pousseui's de beaux sentiments : < Mon chien de destin m'emmène dans un mois aux Indes Occidentales, ou plutôt j'y suis poussé par une sorte de gens fâcheux qui se sont depuis peu élevés dans Paris, et qui se font appeler pousseurs de beaux sentiments. On ne demande plus parmi eux si on est honnête honoune, on demande si on pousse les beaux sentiments (2). p II se plaignait qu'une grande princesse, en les appuyant de son esprit et de sa qualité, empêchât un parti de se former contre eux. Il donnait au moins le signal de la guerre comme dans ces vers de Y Héritier ridicule :
II vous nomme son âme, Son ange, son soleil, son inelination, Et cent autres beaux mots d'édification...
Que dites-vous de moi, d'oser sans parasol Visiter un soleil ? C'est un acte de fol.
Aht petite civette ! ah! chatte! ah! petit chien! Petit chien? Ce mot-là poui* femme est ridicule. Ah! pardon. Je voulais vous nommer canicule...
(4) Lettre à Marigny, 4655.
(8) Lettre à Sarrazio, vers 4634.
De VOS regards doublés les forces agissantes Font sur mon pauvre cœur impressions puissantes. Mitigez-les, Madame, ou s'en faudra bien peu, Si vous continuez, que je ne crie au feu.
Me voilà tantôt cuit, quoique aussi dur que roche. En donnant seulement encore un tour de broche.
Malheureusement il ne sait pas s'en tenir à ces parodies permises , et, comme il oppose trop souvent a la pruderie de ses adversaires l'obscénité que nous lui avons reprochée, il redevient illisible.
11 attaqua la vogue des romans par son Roman c^ inique. Le titre seul indi(|uait une parodie des roniaDs héroïques. Le choix de son sujet, les allusions aux sujets des autres, l'explication de son plan et de sa manière d*écrire, prouvent largement son intention. U^ plus fanfarons des écrivains du temps s'excusaient de leurs fautes de français (La Calprenède) et de leurs négligence de style (Scudéry). Scarron ne veut pas même s'excuser des fautes d'impression dont son livre esl rempli : « Lecteur bénévole ou malévole, dit-il, si mon livre te plaît assez pour te faire souhaiter de le voir plus correct, achètes-en assez pour le faire imprimer une seconde fois, et jeté promets que tu le verras i*evu, augmenté et corrigé, i^ Les grands romans pèchent par le plan ou plutôt par le défaut de plan ; les divei^es parties en sont très-mal liées, les événements ou les récits d'histoires y surgissent sans raison, les idées les plus étrangères les unes aux autres ne s'y rapprochent que par des transitions forcées. Scarron n'est pas plus méthodique, et il s'en vante : c Si le lecteur,