‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 120 sur 151 · LE ROMAN COMIQUE · texte numérisé non relu

LE ROMAN COMIQUE

€ par ce qu'il a vu , a de la peine à se clouler de ce a- (|u'il verra, peut-être que j'en suis logé là aussi bien € que lui, qu'un chapitre attire l'autre, et que je fais wc dans mon livre comme ceux qui mettent la bride € sur le cou de leurs chevaux et les laissent aller sur « leur bonne foi (I). > Les autres ne mettent en scène que des héros et des princes; lui, il ne fait paraître que des comédiens ambulants et ceux qui les fréquentent, mais agités des mêmes sentiments que les héros : € L'amour qui fait tout entreprendre aux jeunes et tout oublier aux vieux, ([ui a été cause de la guerre de Troie, et de tant d'autres dont je ne veux pas prendre la peine de me ressouvenir, voulut faire voir alors, dans la ville du Mans, qu'il n'est pas moins redoutable dans une méchante hôtellerie qu'en quelque autre lieu que ce soit (2). » Dans les histoires qui remplissent les grands romans, longues, interminables, quelquefois de 400 pages d'étendue, le narrateur rapporte toujours scrupuleusement les moindres conversations de SOS héros, et jusqu'au contenu littéral de leurs lettres. Scarron, dont les histoires sont ordinairement courtes, parfois vives et spirituelles, affecte de répéter qu'il n'a pas une si belle mémoire, et convient ça et là qu'il ne sait pas ce que les amoureux se sont dit: « Ils se dirent encore cent belles choses que je ne vous dirai pas parce que je ne les sais pas, et que je n'ai garde de vous en composer d'autres, de peur de faire

(4) 1" partie, ch. xil.

[i) Ch. XIX.

LOUIS XIV. — T. u. 25

du tort à dom Carlos et à la dame Invisible, qui avaient bien plus d'esprit que je ncn ai, comme je Tai su depuis d'un honnête Napolitain qui lésa connus Tunel l'autre (I). »

Aussi bien, il marcije droit à l'ennemi; il nomme ceux à qui il en vent, et met en relief leurs ridicules. Un de ses personnaj^os propose de faire un roman en cinq parties, de dix volumes chacune, qui effacera la Cassandre, Cléopàtre, Polexandre et Cyrus, quoiquece dernier ait le surnom de (Irand, aussi bien que le fil$ de Pépin (1). Un autre otïre de lire une pièce de sa façon, les faits et (testes de Charlemagne^ en Ujowfiéei. Connue les lonjçs récits, il dédaigne les descriptions inutiles. Il ne s'engage pas à i^présenter la niognificence des palais, le luxe des appartements, hmaiiètei or, argent ou vemieil doré, dont sont faits les flambeaux, c La salle était la plus mognitique du monde, et, si vous voulez, aussi bien meublée que le vaisseau de Zelmandre dans le Polexandre, le palais d'Ibrahim dans V Illustre Bassa, et la chambre où le roi d'Assyrie reçut Mandane, dans le Cyrus, qui est sans doute, îiussi bien que les autres que j'ai nommes, le livre le mieux meublé du monde. »

La parodie étant son ohjet, au lieu d'actions héroïques et raffinées, il ne présente que des aventures triviales, au lieu du grand ton, des procédés moins que bourgeois, au lieu du langage précieux, des gros mots,

(1) Tome l", ch. IX.

{i) Ch. XXI.

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