‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 121 sur 151 · LE ROMAN COMIQUE · texte numérisé non relu

LE ROMAN COMIQUE

et, connue complément inséparable de sa manière, des saletés. De là le personnage du petit Ragolin, avocat de profession, investi d'une petite charge dans une petite juridiction, qui, depuis la mort de sa petite femme^ avait n)enacé les femmes de la ville de se remarier, et le clergé de la province de se faire prêtre. Ce Ragotin, devenu amoureux d'une comédienne, a bientôt à subir tous les mauvais tours de ses rivaux, tous les malheurs de la maladresse, toutes les conséquences de la gloutonnerie; il tombe àealifourchon sur une carabine par-dessus la selle de son cheval, se laisse emprisonner dans un coffre, se prend le pied dans un pot de chambre, trouve son habit rétréci par la malice d'un compagnon ; il est laissé nu sur un grand chemin, fouaillé par un cocher, mordu par un chien, piqué par des guêpes. A côté, c'est une comédienne, fatiguée des avances peu discrètes des godelureaux de la ville, qui s'en débarrasse par des coups de pied dans Tos des jambes, des soufflets ou des coups de dent. Il y a des comédiennes enlevées, comme les princesses, et délivrées à point i)ar ceux qu'elles aiment. Il y a, comme épisodes, des scènes d'auberge ou des querelles de ménage, el, chemin faisant, des attaques assez vives aux officiers subalternes de la justice, à la tyrannie des hobereaux de campagne, à la curiosité et à la vanité des proviuciaux. Tout cela est loin d'être parfait d'invention et d'élocution; mais ces chapitres courts, dégagés de détails traînants, la gaieté de certains tableaux, un style vif et leste, semé de traits inattendus, attirent, éton-

388 LA LlTTIihATL'Ut: PENDANT LES FRONDES.

ncnl et reticiitiont le lecteur par la verve, le conlrasle des idées, le gros rire el même le franc rii*e;etcel agrément n'était pas la concurrence la moins dangereuse aux romans érudils, larmoyants, monotones, sans repos pour Tattention, et sans fin (^1 ).

Le Roman comique n'est pas terminé. La lin (|u'on en trouve dans quelques éditions n'est pas de Scarron. Les avonlures qu'il mot en train manquent donc de sens précis, puis(|u'elles n'ont pas de conclusion, A quoi cette interruption tient-elle? Ce n'est pas le temps qui a l'ail défaut à l'auteur; car le second et dernier volume, dédié au Coadjuteur, c'est-à-dire à Paul de Gondi, sans mention de rÉminonce, accuse au plus tard la date de IG52. Serait-ce inconstance de volonté ou un compromis tacite avec les Scudéry ? Il avait attaqué le £//ruSf mais le Cijnis le loua, sous le nom .d'Ésope, dans le neuvième volume (lG->.3), sans dont** comme un ennemi à gagner. Aussi nulle part il ne touche à Clé- /iV, (jui ne commeruM à paraître qu'en IGoi. Il prodigue au contraire Tadmiration à mademoiselle de Scudéry qu'il appelle :

Ininiilablecii proM*. ininiilable en vers,

et en retour Clélie lui renvoie, par la bouche d'un devin, l'assurance (pie Tesprit a réparé en lui la perte de la beauté, et (pi'il est unique en son espèce (2). Ces ac-

(^) V. le chapilro du soldat devenu hôtelier, 11« partie, ch. vuja Dérision des Provinciuux, 11" partie, eh. villyM. delà Garoulïièrc, et ch. XVII.

(2) Clèlie, V parlie, liv. III, p. 4223, 4258, 4 259.

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