‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 123 sur 151 · LES PORTRAITS · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS

chevalier de Béthune, elle le raille de ses amours. Elle veut du bien à mademoiselle de Vandy, un des hôtes de Sainl-Farpeau ; (,'lle atténue, par une habitude de complaisance, le poùt de cette personne pour les romans; néanmoins elle persifle sa fierté, son dédain du mariage, et dit assez clairement que, si la prude avait trouvé un galant, elle ne serait pas prude. Mais, en somme, Téloge l'emportait partout sur la critique; chacun pouvait trouver son compte à figurer dans une exposition publique. En 1659, Segrais satisfit ce désir et la curiosité extérieure. Il revit les portraits, en ajouta quelques-uns, et les publia, de concert avec Iluet, à soixante exemplaires seulement. On demanda depuis une édition plus abondante, et on l'obtint. Dans cette même année IGoO, furent imprimés deux autres petits ouvrages de Mademoiselle : la Princesse de Pa^ phlagonie et la Relation de Vile imaginaire.

Ces publications étaient de véritables satires; les Portraits surtout annonçaient un mou\ement décisif de réaction contre la domination des Précieux. L'Ile imaginaire, d'après Huel, est destinée à contrefaire un chevalier honoraire du parlement de Dombes. La Princesse de Paphlagonie^ d'après Segrais, qui donne la clef de tous les personnages (I), était la dérision de mademoiselle de Vandy ; Parthénie^ qui occupe une grande place dans le livre, est la caricature de madame de Sablé , de ses élixirs , de sa peur de la mort, de la grâce qui lui manque pour devenir dé-

(1) So^raisiiina.

vole I h- Les Portraits s'attaquent sans trop de façon aux romans. Madame de Pontac avoue qu'elle a beaucoup aimé les romans, qu'elle les aime encore, mais que, |>ar un sacrifice volontaire, elle s'en est toutàfail retiiYe à Tàge de vingt ans. Mademoiselle déclare que les romans portent à aimer la galanterie, mais que les lumières que ces livres donnent ne sont pas d'un boo tour, si tout cola n'est corrigé par quelques années de Paris et de la cour. Ailleui^s, elle raille Cyrus qui sV muse à h belh^ pendant que ses troupes se lassent sous Ie$ armes, et qui se laisse enlever par un parti ennemi en écoutant les histoires d'amour de ses prisonniers (i\ Mais l'attaque capitale est le portrait des Precieusrs inséré vei^ la fin du recueil. Tous leurs défauts y sont tracés protbndément, et peut-être poussés à riiyperbole. « Les Précieuses ne sont pas belles; tout contribue à les gâter, leur taille, leur air contraint d

(1) I! y a certainement de Tespril el du lalonl dans colle plaisanterie sur la reine de Misnic (comtesse de Maure) et Parlhênie (madame de Sablé) : € I^ princesse Panliénie avait des frayeurs de la mort au delà de rimagination... il n*y avait pas d'heures où elles ne conférasseoldes moyens de sVmpôcher de mourir, et de l'art de se rendre immorielles. La crainte de respire** un air irop chaud ou trop froid, Pappréhemiofl que le vent ne fût trop sec ou Irop humide, iHaienl cause quVlles secrivaient d'une chaïubre à Taulre. On serait trop heureux bi od pouvait Irouver de ces billets el en faire un recueil. Je suis assuré qu'on y trouverait d<*s préceptes pour le rétçime de vivre, des précaulioos jus({u*au temps jiropre à faire des remèdes, et des rciiièdcs doai Bippocnite el Gallien n'ont jamais entendu ))arler. o

IMus loin Parthènie est retirée chez des vierges pour senir an Dieux; mais elle n'était pas dévote : t la venu élaui un elïeide U grâce, ne Ta pas qui veut. »

(2) Portraits divers : passim. Portraits de madame de Poniac àe mademoiselle de Vandy, du chevalier de Béihune.

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décontenancé, leurs lèles penchées sur l'épaule, leur mine niéprisanle, raffectation déplaisante qu'on remarque en tous leurs procédés. Une précieuse seule dans une compagnie s'y ennuie beaucoup, ne répond pas quand on lui parle, ou ne répond que de travers pour faire voir que son esprit n'est pas à ce qu'elle

dit Elles ont quasi une langue particulière; à

moins que de les pratiquer, on ne les entend pas. Les maris sont rares pour ces demoiselles, et une noce entre elles est une de ces choses qui n'arrivent qu'une fois en un siècle, la plus grande partie d'entre elles n'étant pas remplies d'autant de trésors dans leurs çofïres qu'elles en croient avoir dans l'esprit. Elles sont en matière d'amitié comme elles font profession d'être sur Tamour; car elles n'en ont pour personne. Une pareille secte n'est pas à craindre; car elle est désapprouvée de tout le monde, et le sujet ordinaire de la raillerie de ceux qui ont l'autorité de railler impunément. »

Cette guerre aux romans et aux Précieuses n'ôte pourtant pas au cercle du Luxembourg un trait de ressemblance avec le Samedi (jui devient commun à tous les lettrés. Clélie finit par l'éloge de Mazarin Mademoiselle et ses amis ont également leur conversion politique au moment où cessent les embarras du minisire. L'héroïne d'Orléans et de la Bastille avait dans son passé plus d'un péché de Fronde dont son exil avait été la punition. Elle oublie, assez facilement l'un et l'autre, et sacrifie sans peine ses anciennes alliances au présent. Deux frondeuses surtout, la corn-

tessc de Maure et madame de Sablé, figurent dans h Princesse de Paphlagonie pour la participation quclks ont prise aux troubles civils. Quelques phrases assa lieureusement tournées les représentent mêlées auï affaires de tous les états du monde, aux intrigues da particuliers, galanterie ou autre chose, tantôt apaisanl les brouilleries, tantôt les faisant naître selon les avaih tages que leurs amis en pouvaient tirer. Segrais, ï l'exemple de sa princesse, consacre sa septième ^ gue à vanter la paix des Pyrénées, pour la plus grande gloire de Mazarin. Les campagnes ne vivaient que dans Tinquiétude, les étrangers menaçaient les parcs; Louis, le plus intrépide des bergers, les rassemblai! pour les mener à l'ennemi. Anne, inquiète deTardeor belliqueuse de son fils, recourt à la sagesse de Ju/es,

A ce sage pasteur Dont les rares secrets aux neveux incroyables Jamais, quoi qu'on ail dit, n*ont fait de misérables. Qui cent fois au contraire, en nos troubles nouveaux Consola les bergers et sauva les troupeaux.

Jules, par sa piélé, par sa vigilance, ramène le repos, • et les bergers, délivrés des voleurs, élèvent jusqu'aux cieux Tauleur de leur sécurité :

Le plus grand des humains est l'admirable Jule...

Ce génie étonnant, ce célèbre étranger iNe peut élre un mortel, ne peut être un bercer, Acanle, c'est un dieu qui, pour chasser la guerre, Sous l'humaine apparence habite cette terre.

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