PROGRÈS DU BON GOCT : PELLISSON
santés, et il trouvait un style qu'on a heureusement appelé le langage de tout le monde. Deux de ses ouvrages en sont la preuve : Yllistoire de V Académie (I (>o2), et le Discours sur les Œuvres de Sarraz>in ( I Go8). Il déclare qu'il préfère aux descriptions pompeuses, et aux comparaisons élevées, ce style égal et naturel qui fait dire les petites choses et les médiocres sans bassesse, sans contrainte et sans dureté. Il loue Sarrazin d'avoir, dans V Histoire du siège de DuiikerquCy « retenu son style dans une juste médiocrité, » et d'avoir fait paraître a la nature à son aise. » Pellisson s'impose à lui-même ces principes. Dans ces deux ouvrages, comme dans ceux qu'il composera plus tard pour Fouquel et pour Louis XIV, il adopte un genre qui n'a pas la solennité de Balzac, mais qui évite également le galimatias des autres, une langue à laquelle on peut atteindre sans génie, mais avec agrément, et où dominent la simplicité, le naturel et l'urbanité. On a dit de Pellisson qu'il était venu aussi à propos, en 1650, pour assouplir la langue française, que Balzac, vingtcinq ans plus tôt, pour la régler et la polir (1).
A côté de lui, et dans les rangs des adversaires des précieux, les disciples de Balzac et de Descartes achevaient de faire triompher la prose et l'art de la composition enseignés par ces maîtres. Comme on rapporte à Balzac l'agencement, la cadence des phrases, le choix et l'exactitude des mots, on rapporte à Descartes la méthode pénétrant dans tous les genres, la disposi-
^1) Marcou, \ le de PcUib6ou, pdSbiin.
LOUIS XiV. — T. 11. %^
iOi LA LITTEKATURE PENDANT LFS FRONDES.
lion drs idres dims lour ordre et dans leur jour, Vtrodilioii sohiv cl li: style précis; c'est en ce sens, au moins anlanl (|ue par les doctrines philosophiques, cpiiî bcancoup d'écrivains du grand siècle ont été cartésiens. Les traductions de dWblancouit, conimoncas en collaboration avec Palru en IG«J8, s'étaient suivies sans interruption de lOii à lGo4 (I). On les a juslenicnl appelées les belles inlidcles: infidèles^ parce que, sur Tanlorilé un peu ani|)lifjéc d'Horace, Técrivain ne s'assujetlil pas à iTndre le mot par le mot, et s'écaiie un peu du sens précis pour exprimer sa pensée plus à l'aise, mais IwUcs, parce (jue la phrase y marche bien; la coupure, l'agencement plaît à l'oreille; le mouvement du latin ne gène |)as la liberté du français; la copie s(* lait une part d'originalité. Dans le même temps, les solitaires de Port-Uoyal nmltipliaient leurs traductions, soit pour Iburnir des lectures à leurs «lèves, soit pour mettre à la poitée de leuis dames les livres utiles à leur controverse. Leurs adversaires ne leur contesl(*nl pas le mérite et le succès en ce genre. < Pour la traduction, dit René llapin (^2), il faut leur donner la louange d'avoir bien réussi en toutes celles (ju'ils ont entreprises. » 11 dit encore que, au fond de leur désert, a ils s'attachaient à Tétude de la langue, connue à un d(*s moyens les [)lus propres à établir leur opinion;... et la grande réputation qu'ils acquéraieul
(I) Aunali's lit' Tui:ilt\ Ui'fi; Ciurres irMcvamirCy par Arriou, 16i6i lietnntc des DU-Millc, HîiS; CummciUaircs de Ccsa*-^ 1650; HiUvircs de Tacite^ ItiSI ; Lucien^ ^Ooi.
à) Ucné Kapiii, Méinoireb, l. 11, liv. IX, p. 497.