‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 126 sur 151 · PROGRÈS DU BON GOIT · texte numérisé non relu

PROGRÈS DU BON GOIT

par là ne les encourageait pas peu au travail, (|uelquc rude qu'il fût (I). w Nous avons vu (plus haut, eh. x, 2' tableau) quel rang ils donnaient, dans leurs écoles, à renseignement du français, comment, en Tétudiant en lui-même et par lui-même, ils contribuaient à en faire un instrument supérieur de communication cntii; les esprits. Il leur arriva, en IGoG, une bonne fortune qui dépassait leur mérite, lorsqu'ils produisirent Pascal en public. Pascal n'était pas leur élève ; il ne tenait d'eux véritablement que l'esprit du parti, et les citations qu'on lui servait toutes faites, comme il en est convenu chez madame de Sablé. Mais il écrivait pour eux et chez eux, et la gloire littéraire des Provinciales rejaillit sur la communauté. C'est une époque éminentc delà langue française ; il y eut dès lors un monument achevé de prose vive et forte, corrcctîî et hardie, capable de discussion, d'ironie, d'éloquence, et, conmie l'avait souhaité Richelieu, propre à traiter tous les sujets, un accord entre les règles et le génie, .où le génie vivifiait les règles, où les règles, comme un cadre plus favorable, mettaient le génie dans son vrai jour et dans tout son éclat, un modèle que devrait désormais étudier tout aspirant au talent d'écrivain.

D'autres grands hommes étaient tout prêts, qui s'étaient formés d'eux-mêmes par un habile discernement du bien et du mal de l'époque. Déjà Bossuct s'était emparé de l'attention. S'il avait traversé, dans sa jeunesse, l'hôtel de Rambouillet, il ne s'était pas laissé

(1) René Rapin, Mémoires, t. 1«% hv. III, p. 249.

i04 LA UTTÉRATURE PENDANT LES FRONDES.

pi'cndre au brillant de ses défauts ; s'il avait lu Balzac, il avait choisi entre les exeniples du maître ; sa langue étail à lui, indépendante et réglée, osant beaucoup sans excéder jamais, rejetant le superflu des paroles sans rien oter à l'expression complète de la pensée. Nourri de la Bible, des anciens, des Pères de l'Église, ces premiers modernes, dont l'originalité n'est pas encore assez connue, il puisait à ces trois sources leî> richesses de la religion, de la philosophie, de la morale, de la politique et de l'histoire. On sentait dans sa méthode le souvenir des plus parfaites compositions de l'esprit humain et peut-être des leçons de Descartes; large et exacte, capable de tout comprendre et de tout expliquer par la puissance de la disposition, elle se faisait reconnaître, sans s'annoncer d'avance, à la marche naturelle des idées, à la clarté qu'elle portait dans l'esprit de l'auditeur. L'écho de ses sermons était venu de Metz à Paris; la reine, la cour recherchaient la faveur de l'entendre et pressentaient en lui le docteur souverain de l'Église de France ( 1 656, 1 65N, 1659).

Dans un ordre d'idées bien différent, on commençait à distinguer La Fontaine. Cet insouciant, peutêtre plus égoïste que bonhomme, fourvoyé, par la volonté paternelle, dans le mariage et dans un emploi de maître des eaux et forêts au duché de Château- Thierry, s'était ennuyé de sa femme et de sa charge; réfugié à Paris, il cherchait des protecteurs et trouvait Fuuquet ; il allait rêvant d'une société à Fautifs écoutant les raisons des divers systèmes liltéraii'cs, et

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