DÉBUTS DES GRANDS ÉCRIVAINS
se faisant le sien. Son début avait été nno imitation de VKu7iuque de Térence (1654); mais il aimait Marol, Rabelais, Régnier; au goût de Tesprit gaulois il joignait celui des Ualiens de la renaissance, et de tous ces exemples il composait son originalité, imitant, copiant môme, comme il Ta dit plus tard, en attendcint qu'il se hasardât à marcher seul. Ses ouvrages n'étaient encore que des épîtres légères, des ballades en l'honneur de Fouquet, des descriptions du château de Vaux, et un poëme d'AdoniSj d'assez courte haleine (1658). Mais la prose de ses dédicaces ou de ses préfaces n'avait déjà plus rien à gagner (I). Ses petits vers annonçaient une facilité rare, une grâce flexible à manier le badinage sans sacrifier la langue (2) ; et c'esl dans l'.idmis qu'on lit ce vers si souvent cité :
Ni la fçrAce plus belle encor quo la beauté.
Le fablier, le conteur incomparable était trouvé. Heureux si l'instinct licencieux de son esprit, mal caché sous l'apparence de la naïveté, ne l'avait pas entraîné trop souvent à dqs récits lascifs, à des images immoraies plus capables d'atténuer le vice c|ue de faire honneur à la poésie.
(1) V. la préface de VEunuque^ la dédicace ilo VAdimis h Foiiquel... rf V^oire inOrile nous réduil tous à la nécossiié d'un choix bien difficile ; il csl malaisé de sVn tairo cl Pon ne saurail en parler assez dignement... »
(2) V. l'ÉpUre à Pellisson, où il s'engage à payer annucllcmonl h Fouquet une pension en vers en quatre termes, à la Saint- Jean des madrigaux, en octobre pleine vendange de menus vers, à TAn neuf ballades pour faire rire, à PAques quelque sonnets pleins de dévotion.
iftO I.\ LITTÉRATURE PFNDANT I.FS FR0NDE9.
On avait dcVjà le tlHîàlro, la Iragi'die, par Corneille: Molière venait d'inaugurer le règne de la comédie de caractère. L'éloquence et rhistoire apparaissaient avec Dossuet, la poésie légère avec La Fontaine. Mais là ne se bornaient pas les résultats de la période de transilion dont nous acliovons Thistoire. Les défauts dos Précieuses contenaient en germe bien des foroMS littéraires, (|ui n'attendaient que la réaction ou la co^ rection pour paraître avec avantage. De leurs billets doux et galants, de leur fécondité ridicule de correspondance, devait naître le bon genre épistolaire. la véritable gloire des femmes du xvir siècle, et la jeune Sévigné, (|ui avait vécu au milieu des précieuses sans se laisser corrompre le goût par leurs intluences, allait enseigner à la société française la perfedioD in style familier. Le roman même, successivement remanié et ramené à des proportions plus discrètes, aboutira un jour au Télémaque. Les portraits de Mademoiselle, perfectionnés par les observations d*un esprit supérieur, deviendront les Caractères de la
Bruvère.
Enfin, le débordement d'écrits de toute sorte qui îivait inondé ces cercles galants, et mis en mouvement tant de cervelles et de vanités, avait répandu de toutes parts le goût des lettres, Tadmiration du savoir, U eonsidératiorï des écrivains, et préparé la société à bien recevoir, à exalter, à provoquer les productions (les grands auteurs. Ricbelieu et Mazarin, en dépit (les obstacles du dedans et du debors, des retards et des misères attacbées aux plus beaux succès, avaient fondé
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la ploirc politiquo de Louis XIV. Rambouillet, TAcaclémic, le Samedi, Ralzac, Corneille, Descartes, les femmes savantes et les précieux, avaient fait jaillir de leurs essais contradictoires les éléments de la grandeur littéraire et scientifique de la France.