‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 128 sur 151 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La paix des Pyrénées.

— État des partit et det belligérants en UtîiO. — Conférences de Hle des Faisui.rrétenlions du prince de Condé. — Conclusion de la paix d<*s Pyrénées. — OpioicD^ lies contemporains sur cette paix.

La guerre étrangère et la guerre civile s'étanl confondues par Tassistance que les débris de la Fronde apportaient à TEspagne, la paix si impatiemmcDt attendue avait à régler un double objet : rapaiscment définitif des rivalités intérieures et la fin des luUes européennes. Résumons donc l'état des partis et des belligérants pour mieux comprendre quels étaient encore les adversaires de Mazarin et de la France. La comparaison de leurs espérances et de leurs craintes, de leurs ressources et de leurs faiblesses, nous fera mieux apprécier les difficultés de la conclusion, et la valeur des soumissions diverses dont le vainqueur allait recevoir l'hommage dans la paix des Pyrénées.

Entre les grands chefs qui avaient fait la Fronde pour eux-mêmes, le plus complètement abattu était Gaston d'Orléans. Retiré à Blois, il y vivait dans un dépit ridicule ou des distractions burlesques dont sa fille était la première à se fâcher ou à rire. liOng-

KTAT DFS PARTIS ET DES BELLÎGÉRANTS. i09

lomps il prétendit ne plus retourner i\ la cour, bien résolu, si on espérait le prendre par la famine, à se contenter du gibier de Ghambord , et à manger son dernier cerf avant de se rendre. Puis au bout de quatre ans (I65(>), il s'accommoda, reparut à Paris, revit la reine, revit Mazarin , et pour compléter son humiliation fit les avances au ministre. Mazarin feignant d'avoir la goutte pour ne pas le visiter, l'oncle du roi se résigna à la première démarche (1). Il était ensuite revenu dans son apanage, il passait son temps, dans la compagnie d'un grand astrologue, à étudier les mouvements du ciel et l'avenir, à corriger les almanachs et les éphémérides puisqu'il ne pouvait corriger le gouvernement; on le surnommait le Justinien de Vastrologie (2). Sa fille, après un exil de quelques années, occupé comme nous avons vu de littérature nouvelle, était rentrée en grâce (16o7); elle tenait, au Luxembourg, un cercle de bel esprit où se perfectionnait le genre portraits.

Le prince de Gonti jouissait d'un pardon moins humiliant. Neveu de Mazarin par son mariage, et bon serviteur du roi, il présidait les États de Languedoc pour le plus grand avantage des finances de Sa Majesté, ou il commandait les armées contre les Espagnols tantôt en Gatalogne (IGîiS), tantôt en Italie. Lui et Turenne étaient les deux seuls frondeurs à qui la reine disciit qu'elle avait pardonné spontanément, tan-

(1) Mémoires de Mademoiselle olfleMolIrville.

(2) Journal de deux llollaiidais.

itO L\ PAIX DFS PYRÉNÈFS.

(lis i\ui\ Trîrîinl «los mitres, ollo nvait besoin du pnv crplo chrétien de Tonhli des injures. Pour prix de su l)onne conduite, et surtout pour le grandir nu détriment de son frère, le roi Tavait fait grand-maîlre de sa maison. Sa sœur, la duchesse de Lonj^ucville, f|uoi(]u*elle ne (M vraiment réconciliée qu'avec sod mari, et qu'elle désirât assez haut le triomphe de ('.onde, se tenait cependant à Técart des cabales remuantes. Si Turenne prononce son nom dans la révolte des sabotiers, il entend parler des espéraocfs t|ue le voisinage de l'ancienne héroïne donnait aui insurgés bien plus (|ue de sa participation active à leur entreprise (I).

Mais il restait des adversaires opiniâtres, bien difficiles à contenter, et par là obstacle dangereux à fa paix. Les premiers étaient Condé et le cardinal de Retz. Il fallait à Condé un accommodement à son avantage personnel que la cour ne pouvait consentir sans se déshonorer, ou une position indépendante ou dehors comme une menace perpétuelle à ses ennemie Pour mettre le pape dans ses inlén'^ts, il avait embrassé (1 600) la cause tout ecclésiastique du cardinni de Uelz. Deux ans après, fatigué de la lenteur des affaires, mais impatient d'en sortir avec une grande importance, il réclamait l'intervention pontificale

(1) Mémoires de Turenne, 1 638 : « Quoique nfia«lame de Longoevili ' tVil dans une dévotion si grande quVlle ne se njélnit <l*aucunc caba^?n/'iininoins son esprit avait tant d'ascendant sur les personnes, qu'elle l<'s taisait pencher du côté où elle avouait lûcn que son inelinalion 1^ portait, c'cst-A-dire du côlé de M. son frère, n

l-TAT DFS PARTIS FT DES BFJXTOTÎBANTS. 411

pour se (îiiro élire roi de Pologne (1). Avec de telles aspirations, il devait s'opposer à tout traité qui le désarmerait avant (|ue son ambition fût satisfaite; ses négociations secrètes vont nous en donner une preuve éclatante. Ret/ , de son côté, n'appréhendait rien tant que de diminuer les embarras de Mazarin. Il avait refusé de se mettre à la t(Me du mouvement proposé par Saint-Oilles(Voy. cb. ix); mais Tagitateur infatigable avait pbitôt des caprices que des relâches dans ses complots et ses manœuvres. Tandis qu'il dédaignait le concours des jansénistes, il guerroyait le ministre par de nouveaux pamphlets, pour ranimer la confiance des Espagnols en troublant Topinion en France. Son secrétaire Joly ayant publié sous le nom d'un gentilhomme anglais la criti(|ue de Talliance française avec CromNvell , lui-même il lança par toute TKurope. en diverses langues, et avec beaucoup d'applaudissements, la Remontrance adressée au roi sur la remise des villes maritimes de la Flandre entre les mains des Anglais. De Hollande, ou à lîruxelles, il cabalait, en compagnie de Condé, avec ceux des Espagnols, tels que le marquis de Caracéne, qui îie voulaient pas de la paix (2). Derrière ces deux chefs supérieurs, remuait le menu peuple des parlementaires ci des nobles, soit au dehors, soit au dedans : le président Viole, réconcilié par l'exil avec Condé, et son émissaire à Rome, et en d'autres intrigues: Boiitteville,

J) Mémoires inéiliisilc Lciioi.

(2) Mémoires de Guy Joly.

ilî LA PAIX DES PYRÉNÉES.

Coligny, Persan, Marchin, tous spoliés de charges on de régiments dont ils entendaient bien recouvrer la possession sous peine de ne pas poser les armes. A Paris môme, le Parlement n*était pas sûr; les vieilles hostilités y fermentaient toujours. En 1657, un conseiller avait conspiré pour faire livrer Saint-Quentin au prince de Condé. Malgré une conviction évidente, et en dépit des instances du procureur général, le Parlement, inspiré par le premier président Bellièvre, au lieu de la peine de mort, ne lui infligea que le ban* nissement perpétuel , c'est-à-dire la liberté d'aller retrouver et seconder au dehors des amis et des complices.

L'Espagne était véritablement épuisée. Après la bataille des Dunes et ses conséquences du coté de h Flandre, la victoire remportée par les Portugais à Elvas (janvier 1659), avait donné aux ministres de Philippe IV une telle irritation que, pour avoir le loisir de se venger du Portugal , ils se résignaient enfin à céder à la France. « Il faut conquérir le Portugal ( I ), > répétaient-ils à tout propos. Elle avait de plus contre elle son isolement absolu, l'alliance anglo-fi^nçaisc, la ligue du Rhin, l'engagement pris par l'empereur de ne plus intervenir dans le cercle de Boui^ogne. Mais ces alliances étaient-elles pour la France aussi assurées qu'apparentes? Celle de Cromwcll avait été aussi impérieuse que profitable. Il venait de mourir , le 3 septembre 1658, délivrant l'Europe de cette terreur que

;<) Ha mcnestcr conquislar a Portugal.

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