ÉTAT DES PARTIS ET DES BELLIGÉRANTS
Pascal a exagérée dans un tour d'éloquence un peu ennphatique. Son fils Richard s'empressa d'écrire à Louis XIV, le cordial ami de son père et de la repu» blique, à Mazarin, le constant ami du protecteur, pour prolester de sa bonne volonté dans l'observation des arrangements antérieurs (I). Mazarin ne demandait pas mieux, comme ïurenne le lui écrit à lui-même, que de voir la puissance, en Angleterre, « demeurer aux mains de ceux qu'il croyait être le moins bien avec les Espagnols (â). » Cependant, dès le mois de janvier, les Espagnols faisaient courir le bruit, en Flandre, qu ils étaient sur le point de traiter avec l'Angleterre. Le nouveau protecteur retirait de Dunkerque une partie de ses troupes (3), soit faute d'argent, soit dans rintention d'effrayer Mazarin et d'obtenir un arrangement plus avantageux. Enfin trois mois plus tard, Hichai*d Cromwell tombait sous le mépris public (avril I G5i)) ; et si les agitations du liump ne laissaient plus d'espoir à l'Espagne de regagner l'assistance de l'Angleterre, elles ôtaient aussi à la France tout concours de ce coté.
( I } Ces deux lotires turcnl ëcrilcs par Milton. On lit dans la première, à Louis XIV : u Nous avons la contlance que celle nouvelle douloureuse el inaliendue sera rcrue par vous avec autant de chagrin qu'elle nous en a caus<3. » Dans la seconde, à Mazarin : « Nous ne pouvons ignorer la haute estime qu'il avait pour Votre Ëminence, el le grand cas que vous faisiez de lui... Nous ferons en sorte, au milieu de votre deuil pour un ami si lidèle^ si tlorissant el si applaudi de toutes les venus, que rien ne manque à la loi de notre alliance, pour la conservation de laquelle, el pour le bien des deux naiions, puisse le Seigneur tout-puissant conserver Voire Flminence. >'
[t] Lettre de Turenne à Muzurin, 48 septembre 4658.
.3) Lettres de Turenne à LetcUier, 4 el 44 janvier 4659.
ili LA K\IX DES PYRÉNÈKS.
Il ne paraît pas non plus que les Allemands eussent bien compris les enga^a^ments Je la ligue du Kliii),Di renii»ereur ceu\ de sa capitulation. Pendant Thiver de M»:iS à IGoO, une des grandes prêoceupalions tic ïurenne, c'est que les troupes de Tenipereur ne soieul appelées par les Kspagnols dans les Piivs-Bas il}. Il ne croit donc pas (|ue les princes du Pihin femieul la roule aux alliés d'Kspagne comme ils l'ont proniib, ni que Tempereur sahstienne de secourir Paîné de sa famille, comme on lui en a arraché le serment. Ce qui rassure Turenn»', c'est la présencci l'activité du roi de Suéde, Cliarles-Gustave, le conquérant de la Pologne, l'adversaire du lîrandebourg, qui tient l'empire eu échec [)ai' le siège de Copenhague. Mais était-il raisonnable de l'îiire Ibnd sur les Suédois, surtout quand la victoire enllail leur présomption? Pc comte de Brienne, alors ministre des aHaires étranj^ères, connaissait bien la valeur de toutes ces alliances. Il en a laissé un jugement (jui mérite d'être rapporté : « Le
< roi ne doit pas tellement se fier aux Allemands (ju'il « ne prenne de bonnes sûretés avec eux lorsqu'il vou-
< dra , pour st»s propres intérêts ou [jour les leurs, (f entrer en guerre avec remjiereur. Les alliances que « nous ferons avec les Anglais ne seront jamais soli- « des, parce que d'un côté le pouvoir de leur roi est « resserré par les |)arlemeiits, et que de Paulre celle « nation hautaine et ambitieuse ne voit qu'avec jalou-
(1) Turcnnc ii Lelellicr, 5 novembre cl 2 décembre 40o8. Le siège de Copenhague, commencé le 4 < iioùl4G:;8,fullevé le44 février 1659.