PRÉTENTIONS DU PRINCE DE CONDÉ. U
après avoir été repoussées de chaque article particulier, elles essayèrent, à la dernière heure, de s'insinuer dans la transcription du traité entier. Une vigilance infatigable était nécessaire pour déconcerter ces manœuvres; il n'est que juste d'en reconnaître le mérite à Mazarin. Jamais il ne se laissa surprendre ni intimider. Une fois, mécontent des termes trop avantageux à Condé, trop peu respectueux pour la France, que la cour d'Espagne avait substitués à ceux de la convention, il rappela le maréchal de Grammont déjà parti pour demander la main de l'infante. Dans les derniers jours, il signifia qu'il se retirerait à Bayonne, si l'Espagne ne renonçait pas à ces expédients de mauvaise foi.
L'indécision tenait encore à l'importance des prétentions de Condé. Cet ambitieux n'était pas plus commode à ses alliés qu'à ses ennemis. Capable de baisser la tête à la fin devant une résistance énergique, comme la suite l'a bien fait voir, il entendait d'abord disputer vigoureusement à l'Espagne le prix de ses services, à la France le gage de sa réconciliation. Nul document n'est aussi précis à cet égard que la note remise par le prince lui-même à son secrétaire Caillet, lorsqu'il Texpédia à la cour de Madrid (I I mai 1G59). Il y emploie successivement l'audace et la dissimu* lation, selon qu'il prévoit pour ses exigences le succès ou un accueil défavorable. Il entend que l'Espagne lui fasse rendre en France tous ses biens, honneurs, dignités et gouvernements, ou, si elle n'y peut réussir, qu'elle lui donne à ses dépens une récompense. Déjà
i20 LA PAIX DES PVRÉNÉES.
PEspagne lui avait fait ofTrir la souveraineté de trois villes, Charlemont, Philippeville et Marienbourg, avec les fonctions de gouverneur des Pays-Bas sous Tautorite de Sa Majesté Catholique ; il ne veut ni de cette petite souveraineté» ni de ces fonctions subalternes. Il lui faut une grande position de souverain indépendant, et à ce titre rien ne lui convient mieux que la F^ancb^ Comté; c'est un pays dont l'Espagne ne tire rien, qui pourra servir de retraite à tous les mécontents de France, et qui, par toutes sortes de raisons, sera bien plus utile ù l'Espagne eiitrc ses mains que dans celles de Sa Majesté Catlioli({ue. S'il est impossible d'obtenir la Franche-Comté, il acceptera la donation de Cambrai, pourvu (ju'on y comprenne tout ce qui dépend du Cambrésis et le Catclet; toutefois cet établissement étant bien moindre que la Franche-Comté, on de\Ta, par compensation, obtenir pour son fils un gouvernement en France, tel (jue le Berry, et la charge de grandmaitre. Il entend, en outre, que tous ses amis, y compris les gouvernants de Ilesdin, soient rétablis par le roi de France dans leurs biens, honneurs, charges et commandements; il signifie môme qu'ils doivent être servis avant lui, préférant ne rien avoir que de s établir en les abandonnant. On serait tenté de lui savoir gré de ce désintéressement, dont l'expression «»f manque pas de grandeur, s'il ne revenait ensuite à luimême, et ne laissait voir au fond de sa pensée tous les calculs de l'hypocrisie et de l'égoïsmc. Il se peut que l'Espagne ne lui accorde pas une récompense satisfaisante, et que Louis de Haro, n'obtenant pas deb