PRÉTENTIONS DU PRINCE DE CONDÉ
France les arrangements ci-dessus, propose de rompre les négociations. Dans le premier cas, il ne veut pas d'un établissement qui le laisserait sans force contre la persécution de ses ennemis; dans le second, il se reprocherait de ravir au roi d'Espagne une paix dont il a besoin. II se déclare prêt à un acte de générosité qui dissimulera ses intentions et lui permettra de se dédommager sans bruit et de servii' encore Sa Majesté Catholique. 11 consentira à rentrer en France dépouillé de tout ; seulement ses agents doivent travailler à établir une union étroite entre lui et Finfante destinée à Louis XIV. Revenu en France dans ces conditions, il saura, par le moyen de l'infante, rentrer en possession de ce qu'il perd ; il pourra secrètement, et sans donner d'ombrage, y ménager ses habitudes, et faille quelque chose avec ceux qui fouiraient y être mécontents. Il demande, en terminant, que le million d'écus promis par l'Espagne lui soit payé en argent comptant, el que cela ne tire pas en longueur. Enfin, quelle que soit la conclusion, il tient à en être averti sans délai; car il lui importe de prendre immédiatement son parti, soit pour se rendre dans l'établissement accordé par l'Espagne, s'il est convenable, soit pour rentrer en France revêtu ou dépouillé de ce qu'il y réclame. La promptitude peut seule garder à son sacrifice la bonne grâce, l'éclat et le mérite de cette action (1 ).
Louis de Haro soutint longtemps contre Mazarin la
(4) Voir celte inslruclion, dans les pièces recueillies parles éditeurs des Mémoires de Lenet.
iîi LA PAIX DES PYR£NÉ£S.
cause du rétablissement de Condé en France ; carl*£spagne aurait voulu ne rien donner de ses domames, et le Prince insistait fort sur les satisfactions qu'il at« tendait d'elle, c On insistera là-dessus (la Fraoche- Comté) comme la seule chose qui me puisse accommoder. ».... « On fera des difficultés à la donation de Cambrai, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espérance pour la Franche-Comté. ».... « Si don Louis ne veut eotendre ni à la Franche-Comté ni à Cambrai, on écoutera ses propositions nouvelles, on viendra me les apporter à moi-même, et on tirera parole de don Louis de ne rien conclure jusqu'au retour de l'envoyé, > La France, de son côté, goûtait peu la pensée de rappeler sans garantie, sans punition, un ennemi domestique qui, à ses premiers méfaits de perturbateur, avait ajouté le crime de trahison ouverte. Louis de Haro n'ébranla les refus de Mazarin qu'en se déclarant enfin prêt à constituer au Prince une souveraineté indépendante sur la frontière française» c'est-à-dire, selon l'expression secrète de Condé, un refuge à tous les mécontents. La prudence ne permettait pas à Mazarin de méconnaître ce danger. Il fît une concession, mais avec l'autorité d'un maître. Il promit de pardonner à Condé, mais à la condition que Comlé solliciterait ce pardon, se reconnaîtrait coupable, et, renonçant à la protection étrangère, ne recevrait que du roi de France ce que ce roi daignerait lui rendre. L'attitude des Espagnols, à partir de cette promesse, ave^ tit Condé que, s'il ne s'y conformait pas, il n'avait plus rien à attendre de leur concours. Le fier rebelle chan-
PRÉTENTIONS DU PRINCE DE CONDÉ. iîli
gea de ton, comme du reste il en avait prévu la nécessité. Une humble et longue lettre au roi, véritable contre-partie de la note diplomatique que nous avons lue plus haut, apporta la réparation exigée. Il y proteste de son extrême douleur pour la conduite qu'il a tenue au grand déplaisir de Sa Majesté. Il offre la meilleure partie de son sang pour racheter les hostilités dont il s'est rendu coupable au dedans et au dehors du royaume ; il promet pour l'avenir une inviolable fidélité et une entière obéissance aux commandements du roi. Comme première preuve de cette soumission, il s'en remet de tous ses intérêts, dans la conclusion de la paix, à la seule bonté et au propre mouvement de son souverain seigneur. Il va congédier ses troupes et remettre aux mains de Sa Majesté les places de Rocroi, du Gatelet et de Linchamp, quoiqu'il tienne les deux premières du roi d'Espagne. Il renonce en un mot à toute ligue avec Sa Majesté Catholique, et désormais il ne recevra aucun étabUssement, pensions et bienfaits, d'aucun roi ou potentat étranger. Qu'aurait-on pu exiger au delà? Décidément l'ennemi était par terre. Pour donner à sa déroute une authenticité irrévocable, on convint que la lettre serait insérée dans le traité de paix(I).
Lorsque Condé renonçait à la lutte, ce n'était pas le cardinal de Retz qui pouvait la prolonger, malgré ses voyages à Bruxelles et ses mouvements auprès du
(4) V. Bruzen de la Marlinière : Histoire de la vie et du règne de Louis A'/r, sur les Mémoires de M. le comle de ♦*♦, la Haye, 4740.
iti LA PAIX DES PYRÉNÉES.
marquis de CaracèDe, commandaDt espagnol eoFIandre. Dêj ) Louis de Haro avait écrit à ce marquis de rompre tout commerce avec le cardinal , afin de ne donner aocun ombrage à Mazarin (I). La question du Portugal aurait été un obstacle plus sérieux, si Mazarin eût persévéré dans ses bonnes intentions pour ce royaume; mais, comme il consentit à ménager sur ce point IV mour-propre des Espagnols, les difficultés disparureut; la pai\ dos Pyrénées fut signée le 7 novembre 1659.
! ' Le traité consacre les conquêtes de la France, celles qu'il était raisonnable de retenir, parce qu'il était possible de les garder. L'Artois, à Texceplion de Saifll- Omor et d'Aire, et le Roussillon, ces deux acquisitions de Richelieu, que TEspagne avait refusé d'abandoDoer à la paix de Westphalie , deviennent provinces françaises. Au nord de TArtois, de la Champagne et des trois Évèchés, la France garde, des villes occupées dans la dernière guerre, celles qui touchent à son territoire et le protègent par leur annexion : en Flandre, Gravelines« Bourbourg, Saint- Venant, avec leurs dépendances; en Hainaut, Landrecies et le Quesnoy; entre Sambre et Meuse, Avesnes , Philippeville, Marienboui^: dans le Luxembourg, Montmédy, Danvillors. Long^y, Thionville; autant de postes avancés dans quatre provinces espagnoles, qui préparent des acquisitions ultérieures, et la formation d'une frontière qui se consolidera par les traités d'AL\-la-Cliapelle et de Nimègue. Elle abandonne, sans donunage
j; Mémoin» de Gut Jo-v.