‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 137 sur 151 · LA PAU DES PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

LA PAU DES PYRÉNÉES

à CoiTcggio, et engagera l'empereur à donner au duc rinvestiture de cette ville. Les deux rois le prenaent ensemble sous leur protection pour les différends que la possession de Comacchio lui a suscités avec la Chambre apostolique. Le même appui est promis au duc de Parme pour le règlement d'une dette contractée envers le pape. Le prince de ^lonaco rentre en possession paisible de tous les biens, droits et revenus qu'il possédait avant la guerre dans le royaume de Naples, le duché de Milan, et autres pays de la domination espagnole ; il ne pourra être inquiété pour s'êlre mis sous la protection de la couronne de France. Enfin, les princes de la ligue du Rhin, Venise et les treize cantons suisses sont compris dans le traité, et garantis contre toute rancune espagnole. Ce n'était pas une des moindres habiletés de Mazarin, après RicAe/ieu, que ce soin des alliés, si petits qu'ils fussent. Les États faibles que l'Autriche avait dominés et retenus par la crainte, se groupaient volontiers autour de la France, dans l'espoir d'une protection honorable. La suprématie nouvelle se fondait sur la confiance et la sécurité de tous. Ce sera une des plus grandes fautes de Louis XH', que de changer ces dispositions des alliés par l'intention trop évidente de changer la protection en domination.

4* Le prince de Condé rentre en France; on lui rend ses biens, mais non, comme il l'avait espéré, tous ses honneurs. Il perd Stenay, Jamets, Clermont, Rocroy, le Gatelet, Montrond et Bellegarde. Au Ueu du gouvernement de Guienne, il reçoit celui de Bourgogne, parce

CONDITIONS DE LA PAIX. itl

que cette province n*a pas de places fortes. Il exercera ses fonctions de grand maître de la maison du roi, dont la survivance est assurée à son fils; mais huit ou neuf années de ses revenus séquestrés pendant son absence ne lui sont pas rendus. Il y aura ordonnance d'abolition du passé pour ceux qui l'ont suivi, mais non pas rétablissement dans leurs charges, ni restitution de leurs revenus confisqués. Le héros désarmé sera réduit à vivre aussi soumis, aussi peu redouté qu'un simple gentilhonune.

5" Le point capital du traité, garantie de la paix immédiate, Fobjet de la politique de Tavenir, en considération duquel Mazarin faisait plusieurs concessions dans le présent, est le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, fille atnée de Philippe IV. Après quelques discussions sur la dot, la princesse ne reçoit en fin de compte, qu'une somme de 500,000 livres, quoiqu'il ait été question des Pays-Bas au de la Franche-Comté. C'est à une époque ultérieure que Mazarin attend le véritable bénéfice de ce mariage. Le roi d'Espagne n'avait eu pendant longtemps que des filles, et le seul fils qu'il devait laisser après lui n'était pas encore né (1). Il se pouvait donc que sa fille aînée fût un jour son héritière. Il est vrai que le traité exige que la princesse renonce à ses droits sur la couronne d'Espagne. Mais quelle sera la valeur d'une renonciation de ce genre dans un avenir que personne n'a le droit d'engager, devant des réclamations d'héritiers qui op-

(\) Charles II ne naquit que le 6 novembre 4661.

Page 1