‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 139 sur 151 · APPRECIATIONS DE LA PAIX · texte numérisé non relu

APPRECIATIONS DE LA PAIX

pagnols. Si les alliés de la France deviennent ennemis de l'Espagne, les Français n'y pourront pas porter de marchandises provenant des États espagnols et capables de servir contre l'Espagne, ni de marchandises de contrebande. Pour mieux assurer à l'avenir le commerce et l'amitié entre les sujets des deux rois, en cas d'une rupture entre les deux couronnes, il sera toujours accordé un délai de six mois aux sujets de part et d'autre pour retirer et transporter leurs effets et personnes où bon leur semblera.

La paix des Pyrénées, complément de la paix de Westphalie, mettait fin à ces grandes rivalités qui, depuis plus de quarante ans, épuisaient TEurope; à ce titre seul, elle méritait un accueil favorable. Elle augmentait notablement le territoire français ; ce résultat pouvait plaire à l' amour-propre national. Elle a pourtant été discutée et tournée en dérision par plusieurs contemporains^ comme un donmiage pour le pays, comme un triomphe pour ses adversaires. Les critiques ont affecté de ne plus voir ce qu'elle rapportait dans le présent et dans l'avenir, pour ne considérer que ce qu'elle ne rapportait pas, de dédaigner ce que la France y gagnait, pour n'estimer que ce qu'elle n'enlevait pas à l'Espagne. A l'ancien reproche de ne pas conclure une paix si longtemps désirée, ils ont substitué le reproche de n'avoir pas continué une guerre dont les profits eussent été certains. Tel est toujours, pour l'opposition, le besoin de combattre, qu'elle change de camp plutôt que de poser les armes. Ce n'est pas moins l'instinct de la jalousie, de

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déprécier les succès d'outrui, de dénaturer un métite qui alTermit rimportancc du rival. Le ministre Brienne est ici d'accord avec Saint-Évremond. Brienne ne reconnaît à la France qu'un bénéfice de marchand daos Taugmentalion de son domaine, et il envie à TEspagm l'honneur de la grande réputation qu'elle s'est acquise, on échappant à sa ruine, et l'avantage d'avoir conservé la Flandre (I). Saint-Évremond, ce détracteur de profession, digne d'inventer le journalisme, renverse sans hésitation la France sous les pieds de l'Espagne, t Les <( Espagnols, dit-il, ont fait la paix comme s'ils avaient d été à notre place, et nous avons reçu les conditioas c comme si nous avions été en la leur, p II d*y a ^ dans les intentions de Mazarin qu'un calcul d'avare qui a épargné pour lui, non pour le pays, les grosses sommes que la guerre aurait absorbées, que Fégoïsme d'un ambitieux malade qui, pour gouverner toujours le roi, avait besoin que le prince ne fût pas emporté par le métier des armes à une distance où il n'aurait .pas la force de l'accompagner. Tout le traité n'est que la parodie de la vertu chrétienne du pardon des injures et de la vertu politique de modération (2). Ces attaques, agréablement tournées à la française, circulèrent en forme de Lettre au marquis de Créqui; quoique manuscrites, elles firent fortune dans un monde

(h) Mémoires de Brienne, année 4660.

(2) Saint-Évremond, lettre au marqois de Créqui : « Le devoir dn chrétien est de pardonner à ses ennemis et de châtier ses amis; en conséquence le cardinal a pardonné aux Espagnols pour châtier les Français. Pour rappeler les Français à la. modostie, il leur a ôté leurs

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