‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 140 sur 151 · APPRÉCIATIONS DE LA PAIX · texte numérisé non relu

APPRÉCIATIONS DE LA PAIX

de rieurs et de médisanls obstinés, et valurent deux ans après l'exil à leur auteur.

Mais le bon sens public l'emporta sur les chicanes des partis. Que la paix des Pyrénées fût un compromis et que Mazarin n'eût pas poussé l'Espagne à la dernière extrémité, il n'en était pas moins vrai que la France s'était fait la meilleure part. Il y avait eu surtout un mérite louable à sacrifîer quelques surcroîts de victoires au rétablissement de la tranquillité, à la satisfaction d'un vœu si souvent, si généralement formulé. Cette opinion fut la plus forte; elle eut ses interprètes retentissants ; Bossuet lui-même lui prêta sa voix déjà respectée : « Parlons, disait l'orateur, parlons et ne « craignons rien. Je sais combien les prédicateurs « doivent être réservés sur les louanges, mais se taire « en cette rencontre, ce ne serait pas être retenu, € mais envieux de la félicité publique, i» Il louait Mazarin d'avoir fait son intérêt du bien de l'État, et sa gloire du repos des peuples. Il glorifiait le jeune roi de s'arrêter au milieu de ses victoires, d'aimer mieux étendre ses bienfaits que ses conquêtes, de trouver plus de gloire dans les douceurs de la paix que dans le superbe appareil des triomphes, de se plaire davantage à être le père de ses peuples qu'à être le victorieux de ses^cnnemis. Il le proclamait le Salomon, c'est-à-dire

avantages : il les a rainés pour leur bien comme le bourreau qui élrangla don Carlos. Comme Auguste, il a voulu conserver à la France des bornes qu'elle pûl garder. Plus sage que les Scipions^ il n'a pas voulu détruire Carlhage dont la ruine fut la ruine de Rome par l'introdnction des mœurs corrompues. Une sagesse si profonde est bien supérieure au dérèglement du cardinal de Richelieu. »

i32 LA PAIX DES PYRÉNÉES.

le pacifique. Il lui souhaitait en retour de ne jamais voir son État troublé ni sa maison divisée (1).

Bossuet ajoutait: c Ça! çàl peuples, qu'on se réjouisse, et s'il y a encore quelque maudit reste de b malignité passée, qu'elle tombe aujourd'hui devant ces autels, et qu'on célèbre hautement ce sage ministre... » Ce vœu s'accomplissait déjà. Le traité ayec l'ennemi du dehors réduisait les ennemis du dedans à poser les armes sans même traiter avec leur vainqueur. Les mécontents n'en voulaient si fort à la paix des Pyrénées, que parce qu'elle consommait rhumilialion de Gondé, la dispersion des dernières cabales, et permettait à Mazarin de passer en triomphateur par tous les lieux où la Fronde lui avait disputé son autorité.

n.— Voyage triomphal da roi et de Mazarin par toute la France. — Mariage deLouliIlV. — Dernière soumission du parlement de Paris. — Succès de la politique étrangère. — Traité d*01iva. — Restauration des Stuarts en Angleterre. — Opposition persistante di cardinal de Retz.

Il y eut, en effet, une série de triomphes pour le ministre plus encore que pour le roi.

Quelques semaines après la conclusion du traité {iH décembre 1 639) , Condé écrivit à Mazarin pour protester de son impatience de revoir le roi ; il avait à cœur d'assurer Sa Majesté qu'il revenait dans l'intention de lui rendre les services auxquels l'obligeaient sa naissance et son devoir. Il ajoutait : « Pour vous,

(1) Bossuei: Sermon pour le premier dimanche de Carême deuxième sur les démons ; péroraison adaptée à la circonstaDce.

HUMILIATION DE CONDË. 433

€ Monsieur, j'espère que, quand je vous aurai enljre- € tenu une heure, vous serez bien persuadé que je € veux être votre serviteur. Je pense que vous voudrez € bien aussi m'aimerj et que vous me ferez la grâce c de croire que je suis votre très-affectionné servi- « leur : Louis de Bourbon (1). :> Cette lettre, par le contraste même des personnages, est le plus digne pendant de la lettre à Cromwell ; des deux côtés même humilité devant la force, là pour obtenir des secours, aliment de la guerre civile, ici pour obtenir Toubli d'une trahison impuissante. Mazarin n'est plus ce Mars, ce sérénissime faquin à qui le vainqueur de Rocroi tâtait insolemment le menton; c'est par Mazarin que Gondé veut être ramené aux pieds de Louis XIV.

Mazarin ni le jeune roi ne jugèrent pas à propos d'attendre ce pénitent. La cour, qui était déjà à Toulouse depuis quelques semaines, en partit dès le commencement de janvier 1660. Le but final du voyage était la célébration des noces qui devaient se faire aux Pyrénées. Mais auparavant il y avait intérêt à montrer Tau • torité royale à la Provence où remuaient quelques restes des factions. Marseille s'était soulevée contre le duc de Mercœur pour l'élection de ses consuls ; le parlement d'Aix, vieux frondeur, n'était pas étranger à l'insurrection. La cour prit donc la route la plus longue et se rendit à Aix. Déjà Mercœur traitait Marseille en ennemie ; il renversait une porte dont l'inscription attestait la

(1) Mémoires inédits de Lcnet. Cette lettre termine la collection des pièces.

LOUIS xnr, «— T. ii. 28

43 i LA PAU ÏUËS PTIÉNÊES.

modération de Henri IV : Sub cnjus imperic swmma Hkrtas ; comme symbole d'un nouveau régime il bètîssail an château à l'entrée du port, une citadelle séries hauteurs qui commandent la ville. La présence de la coar à Aix, et le zèle royaliste du pPMnier président d'Oppède, donnèrent le dernier coup à la révolte. Bon Dombre de coupables furent pendus oa envoyés am galè^ res, quelques membres du parlement furent exilés (I). Ce fut dans ces circonstances que Condé rejoignît enfiD la cour. Il avait traversé docilement tout le royaiBoe par le chemin que le ministre avait fait à Guitauty sob lieutenant. Il descendit chez Mazarin, son introdocteur nécessaire, et fut admis ensuite devant le roi. Il aval fléchi le genou ; il commençait un discours pour aTOOff sa révolte et demander pardon : c Mon cousin, lur dît c le prince, après les grands services que vous avez € autrefois rendus à ma couronne, je n'ai garde de me € ressouvenir d'un mal qui n*a apporté de dommage n qu'à vous-même. > Une grâce si fièrement octroyée apprit à Condé, comme il l'avoua plus tard, qu^il avaût désormais un maître. Quelques jours après, Turenne, le vainqueur d*Arras et des Dunes, était fait marëcliai général des camps et armées du roi. Ce titre nouveau, le plus élevé que pût recevoir un sujet depuis la suppression des fonctions de connétable, faisait voir de quel côté était maintenant la faveur et la confiance royale (2).

(4) Mémoires deMontglat.

(2) Mémoires de Brienne. — Bnizen de la Martiuière cilé plus haui; ouvrage curieux et important par les bits et lès témoignages historiques dont il est rempli.

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