‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 141 sur 151 · MARIAGE DU ROI · texte numérisé non relu

MARIAGE DU ROI

D'Âix, le roi se rendit en personne à Marseille pour confirmer tout ce qu'avait fait le gouverneur. Cette sévérité laissa la ville dans la désolation, au milieu de la joie générale qu'inspirait la paix. Il séjourna quelque temps à Avignon pour régler le sort de la ville d'Orange. Cette petite principauté de la maison de Nassau servait de retraite aux rebelles de France et à toutes sortes de criminels (1 )• Le ministre Brienne en réclamait le rasement dans l'intérêt de la justice et de la religion, les Avignonais pour le repos de leur territoire sans cesse ravagé par ces fugitifs. Le sei* gneur en était le jeune Guillaume III, à peine âgé de dix ansy.tenu en tutelle en Hollande par les frères de Witt, et dans ses biens patrimoniaux par sa mère et par sa grand'mère qui n'étaient pas toujours d'accord. Par provision, le roi ordonna d'occuper militairement Orange. Il ne prévoyait pas, et personne ne pouvait prévoir plus que lui, qu'il y avait dans cette mesure le germe des haines de Guillaume III contre son ambition. Il prit ensuite la route de Toulouse, traversant le Languedoc qui avait eu aussi ses rebellions, mais qui maintenant paraissait calme sous le gouvernement du prince de Conti , et arriva à Saint-Jean-de-Luz ou le roi d'Espagne le rejoignit avec sa fille et sa cour. Le mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche fut célébré le 9 juin 1660 : c Auguste journée où € deux fières nations longtemps ennemies s'avancent « sur leurs confins non plus pour se combattre, mais

(4 ) Mémoires de Brienne*

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RETOUR TRIOMPHAL. i87

quillité publique. On avait, dans ces derniers temps, mis la main sur le principal agitateur de Sologne, le sieur Bonnesson, gentilhomme obscur en qui semblait être tout le mouvement des sabotiers. Cette capture avait dissipé pour toujours les intrigues des nobles en Normandie. Pendant que Bonnesson, conduit à Paris, y attendait un jugement capital, Créqui-Barneville et d'Annery, complices de Condé et de Retz, s^étaient enfuis en Hollande. Du milieu de cette marche victorieuse à travers les provinces jadis rebelles, on voit Mazarin suivre de loin, mais sans distraction, le procès de ces coupables. Bonnesson fut exécuté en décembre 1659. Les hommes dévoués au cardinal demandaient s'il fallait continuer les poursuites contre ses complices. Il répond énergiquement qu'il n'y a pas de grâce à leur faire. Il procède à la confiscation des biens de Créqui. « Il faut se souvenir, écrit-il à Colbert, que Créqui a un château auprès de Péronne dont le rasement lui sera plus sensible que celui de la maison qu'il a en Normandie, et il est bon qu'il ressente jusqu'au vif en ses biens la juste indignation du roi, en attendant que Sa Majesté la lui puisse faire ressentir en sa personne (1). > On a déjà remarqué, en citant cette phrase, que Mazarin s'élève ici à la hauteur de la sévérité de Richelieu, qui ne lui était pas ordinaire. Mais il y joint immédiatement le trait essentiel de son caractère propre, la rapacité. La punition de ses ennemis politiques doit être un bénéfice matériel pour

(4) Archives de la Bastille, publiées par Ravaisson.

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lui OU pour ses serviteurs. Bonnesson a mérité la mort et la confiscation de ce qu'il possédait; le ministre réclame cette dépouille pour «c Le Normand qui le sert il y a longtemps. >

Enfin le cortège triomphal arriva à Paris (26 août 1660). De grandes fêtes attendaient la jeune reine, ce gage de paix, de prospérité et de plaisirs, après tant de misères. Toutes les voix étaient d'accord pour célébrer cette ère nouvelle. Les poôtes éprouvés comme Corneille, les poètes naissants comme Racine, s^unissaientdans un même concert. La joie populaire retentit dans toutes les rues. On ne se lassa pas de voir défiler cette marche solennelle qui dura presque tout le jour, c J'ai été, écrivait la femme deScarron, pendant dix heures tout veux et tout oreilles ; la reine doit être contente du mari qu'elle a choisi. > Mazarin dut être plus content encore de sa part de gloire dans cette journée décisive. Il vit enfin le parlement de Paris à ses pieds lui rendre un hommage qui consacrait tous les autres. La compagnie, désignée pour figurer dans la marche, avait osé réclamer contre cette dérogation à ses usages; on ne l'écouta pas, on exigea qu'elle parût comme tous les autres corps, à la suite du roi; on ne consentit qu'à lui accorder un rang plus distingué que celui qui lui avait été assigné d'abord. Â la fin de la cérémonie, elle se présenta devant le roi pour le complimenter, et elle termina son discours par un éloge du ministre, qui était la rétractation complète de toutes ses oppositions : t Que Dieu conserve à Votre Majesté ce conseil si fidèle et si clairvoyant qu'il lui

FIN DE LA FRONDE. i30

a suscité, dès le commencement de son règne, comme le seul qui pouvait être capable, par une prudence tout à fait admirable, de résister à tant d'événements si étranges, et de conduire ce grand ouvrage de la paix à sa perfection, après y avoir incessamment travaillé Tespace de seize ans. II a ainsi fait connaître à tout le monde qu'il n'a jamais respiré autre chose, et qae les différents effets de la bonne ou mauvaise fortune, les maux domestiques, les grandes maladies de TËtat, non plus que les espérances d'une guerre toute pleine de victoires, les batailles gagnées et les conquêtes tout ouvertes, n'ont jamais pu changer Tassiette de son cœur, ni altérer le moins du monde les pensées qu'il a toujours uniquement formées pour le service de Votre Majesté et pour le bien de son État. »

Après de telles paroles, on comprend que le parlement n'eut plus rien à dire. Il trouva cependant qu'il avait encore quelque chose à faire* Il demanda au roi la permission de faire une visite à Mazarin. Le roi répondit : € Vous ne doutez pas que je ne l'aie pour c agréable. » En conséquence, une députation composée d'un président, de deux conseillers de la grand'chambre, d'un conseiller de chaque chambre des enquêtes, alla féliciter Hazarin dans sa maison. Un pareil honneur n'avait jamais été rendu à aucun ministre ni favori. C'est bien ici le dernier désarmement de la Fronde; le procès finit au lieu même où il a commencé par le désistement des demandeurs.

Il n'y avait pas jusqu'à la politique étrangère qui n'apportât en ce moment sa part au succès de Mazarin.

Ua LA PAIX DES PYRÉNÉES.

Deux grands événements s'étaient accomplis depuis la paix des PTrénées, où la France trouvait son avantage : le K'glement des afTaires du Nord, et la restauration des Stuarts en Angleterre.

Depuis cinq ans* le roi de Suède, Charles-Gustave, successeur de Christine* € un autre Gustave non moins fier, ni moins hardi ou moins belliqueux > que le premier « tenait dans rinqiùêtude TAUemagne et tous les États de la Baltique. D*abord maître de la Pologne, par un [lissage rapide, il avait contribué à F agrandissement du Brandeboui^, en dâivrant le ducbé de Prusse lie U suieraineté polonaise. Devenu suspect i ses voisias« à ses alliés mêmes, assailli par le Brandebourg« les Danois* les Hollandais, et la connivence de rempereur. il avait renoncé à ses prétentions sur h Pologne, pour se venger sur le Danemark, et pendant trois ans il avait pénétré jusqu'au cœur de ce royamnet d'ile en Ile. à travers la mer glacée. Mais il s*élait suscité tant d*ennemis qu'il n'aurait pu suffire à toutes ces luttes, lorsque sa mort subite ^23 février 1660) multiplia les embarras de la Suède, en laissant son fils, âgé dequinze ans, hors d'état de défendre par lui-même les provinces menacées. La grande alliée que la France s'était faite sur la Baltique* allait-elle périr, et laisser passer à d^autres une prépondérance qui était un des principaux résultats de la guarre de Trente ans? La France interposa sa médiation, et pendant que le mariage de Louis XIV sanctionnait la paix des Pyrénées, elle obtint pour la Suède les traités d*Oliva (3 mai 1 6601 et de Copenhague (6 juin). Par le traité

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