JUGEMENT SUR MAZARIN
marine, ni colonies, ni industrie, ni commerce, ni même d'organisation militaire, rien de ces fondations qui font dans la postérité la grandeur principale de Louis XIV. Il est tout aussi impossible de justifier ses immenses trésors, et cette gestion des finances qui constitue en état flagrant d'infidélité domestique un ministre si fidèle ailleurs aux intérêts de l'État. Sa timidité, ses hésitations dans les crises, ses manèges maladroits au milieu des obsessions des partis, l'ont déshonoré aux yeux de ses rivaux qui, comme la cabale de Retz, ne l'appelaient que le Pantalon. Sa duplicité italienne, ses promesses prodiguées et méconnues, ont soulevé contre sa mémoire le témoignage même de ses amis. S'il en est un qui se vante de lui avoir conservé une amitié fidèle en retour de la sienne (i), d'autres l'accusent de les avoir délaissés pour ménager tout le monde ou favoriser de préférence ceux qu'il avait besoin de gagner et d'attacher à sa cause (2). Il n'avait jamais été populaire ; sa mort
(4) Mémoires du maréchal de Grammont: « Il y avait entre eux (Mazarin et Grammont) une conformité de mœurs gaillardes et pleines d'agrément qui concilient bientôt Tamitié : il aima tendrement le cardinal, et le cardinal lui rendit la réciproque à un point qu'il ne pouvait se passer de lui. »
(2) Mémoires du maréchal Du Plessis : « Par une politique qui dégoûta fort ses véritables amis, il éleva et fit du bien à tous ceux qui l'avaient desservi, laissant pour une autre fois la récompense que ceux qui l'avaient soutenu devaient espérer, au moins ceux de qui il était le plus assuré, et qu'il pensait si intéressés en sa perte qu'eux-mêmes y perdraient autant que lui. Le maréchal Du Plessis fut le principal d'entre ces derniers, et qui en ressentît le plus fortement les effets. »
Mémoires de Gourinlle : « Il savait qu'on le blâmait beaucoup de promettre et de ne rien tenir, mais il s'en excusait sur la nécessité de
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ne le releva pas dans Topinion, si l'on en juge par les petits vers qui coururent contre lui (1) ; mais, outre que ces blessures sont bien Irjfrrcs après toutes les fureurs des Mazarinades, c'est le soi t des lionimes publicSy même des plus véritablenient grands, d'avoir quelque insulteur à leurs funérailles. Une chose plus triste, c'est l'ingratitude de la famille élevée, engraissée, anoblie par lui, au détriment du royaume. Ses nièces, soit par quelque rancune intime, soit par bassesse de cœur et enivrement d'une grande position, se montrèrent peu sensibles à sa perte. Un Italien, leur domestique, témoin indigné de tant d'impudeur, leur disait un jour : < Ah ! mesdemoiselles, vous vengez les Français de la dureté que le cardinal votre oncle a eue pour eux, par celle que vous avez pour lui (2). > On s'est demandé (tant la malignité française est curieuse), si Louis XIV avait regretté le tuteur de sa
ménager tout le monde, à cause delà facilité qu'on avait dans ce tempslà à se séparer des intér«5ls du roi; et il se pourrait faire que s'il n'avait promis qu'à ceux à qui il avail cru pouvoir tenir jiarole, cela eùl causé un plus grand bouleversement dans l'Étal. Ce n'est pas que je veuille croire que ce soit la raison ni son liabileié qui Taient ))Orlé à cette conduite, plutôt que son penchant naturel. »
(1) Mazarin sortit de Maznrc,
Aussi pauvre que le Lazare Rc'duit h la nécessili!.
Mais parles soins d'Anne d'Autriche, Ce Lazare ressuscité Est devenu le mauvais riche.
Jo u*ai jamais pu voir Jules sain ni malade, J'ai reçu mainte rebuffade Dans su rour el sur le degré.
Mais enfin je l'ai vu dans son lit de parade, Et je l'ai vu fort à mon gré.
(2)Motteville.