‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 148 sur 151 · MAZARIN ET ANNE D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

MAZARIN ET ANNE D'AUTRICHE

jeunesse et de sa puissance. Â le voir si prompt et si bien préparé à prendre en main le pouvoir dès que son ministre disparait, on soupçonne qu'il éprouva quelque délivrance à ne plus sentir d'intermédiaire entre lui et la nation, entre son importance et ceux qui ne devaient la reconnaître qu'au roi. On peut même s'étonner qu'il ait attendu jusque-là pour rappeler à lui tout l'exercice et tout l'honneur du gouvernement. Cette patience s'expliquerait-elle par une déférence filiale pour le choix de sa mère, ou par cette fierté de souverain qui refuse de donner raison aux clameurs en y cédant trop tôt (I)? D'autres y supposent un respect résigné pour les liens secrets qui unissaient Anne d'Autriche à Mazarin. Mazarin était-il donc, par un de ces mariages de conscience assez fréquents à celte époque, le beau-père de Louis XIV? Nous nous sommes déjà refusé à résoudre cette question; mais nous ne pouvons méconnaître que des découvertes récentes poussent à l'affirmative. La correspondance intime de la reine-mère et d(^ son ministre révèle entre eux des relations auxquelles le mariage peut seul donner une interprétation honnête. Quoique l'amitié y soit

(4) Louis XIV donne lui-même ou fait donner, dans ses Mémoires^ une explication de sa patience : < Il faut se représenter Tétat dos choses : des agitations terribles par tout le royaume avant et après ma majorité... un ministre rétabli malgré tant de factions, très-habile, irès-adroil, qui m'aimait et que j'aimais, qui m'avait rendu de trèsgrands services, mais dont les pensées et les manières étaient naturellement très-différentes des miennes, que je ne pouvais toutefois contredire ni discréditer sans exciter peut-être de nouveau contre lui, par cette image quoique fausse de disgrâce, les mêmes orages qu'on avait eu tant de peine à calmer... » Mémoires de Louis XIV pour 1664.

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seule nommée, un sentiment bien plus vif perce, sous ce nom innocent, dans la chaleur du langage, des impatiences, des protestations, et surtout dans certains signes mystérieux surgissant à la place où l'on attend le motdécisif (I ). N'est-il pas en outre permis d'induire, du silence absolu de madame de Motteville sur ce point, un consentement et une affirmation tacite? La confidente, si empressée ailleurs à justifier les mœurs de sa bienfaitrice d'accusations tros-retentissanles, ne réfute aucun des bruits divers que suscita la faveur persistante de Mazarin, sans doute parce qu'elle y connaît une réponse péremptoire, et que si les convenances lui interdisent de la produire encore, elle attend de la découverte, plus ou moins tardive de la vérité, une réparation suffisante à l'honneur de l'accusée (?). Ce mariage aurait été connu de Louis XIV ; les mêmes

(4) Ces lettres autOj:;rapbos se trouvent à la Bibliothèque nationale. On peut en lire plusieurs et des plus expressives dans fouvragc de Chéruel : Saint-Simon considéré comme historien de Louis \l\\

(2) Madame de Motteville, dans sa première pariic, a essayé de répondre aux médisances provoquées contre Anne d'Autriche par les hommages de Montmorency, de Bellegarde et de Buckin^'ham; elle conclut sur tous ces points que la vertu de la reine est restée irréprochable. Au temps de Mazarin, elle fait connaître plus que personne la confiance, la prédilection smgulière que la reine accordait au minisire. Elle montre les courtisans empressés autour du favori, et la reine délaissée se réjouissant des hommages rendus, à son détriment, à celai qu^ellea choisi. Elle n*a pu ignorer les propos que ces imprudences soulevaient : elle n'a pas pu ne pas entendre ce que tout le monde entendait, les outrages des pamphlets, les imputations de concubinage ou de mariage secret. Cela valait bien une réfutation autant que Thiâtoire de Buckingham. Pourquoi donc n*en dit-elle rien? Ce n est pas parce qu'elle ne pouvait justifier sans mentir; c^est bien plutôt parce que la vérité, qui eût rendu la position régulière, tenait captive la

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