‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 27 sur 151 · EMBARRAS DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

EMBARRAS DU GOUVERNEMENT

pel du roi, avaient quité Paris poar siéger à Pontoise, et comme contre-partie, demandes afTectées du retour de Broussel et des autres exilés. Qudques-uns des mutins furent exilés à leur tour » puis rappelés par concession du ministre. Le conseiller Croissy, arrêté comme complice et négociateur de Gondé (1), suscita une dispute qui dura plusieurs mcMs. Le roi lui don nait pour juges des commissaires choisis dans le Parlement ; le Parlement voulait nommer lui-même ces commissaires. On le détenait à Vincennes, le Parlement voulait qu'il fût ramené à la Conciergerie, en vertu de ce principe que les juges doivent avoir le pouvoir de mettre en liberté celui qu'ils ont le droit d'absoudre. On ôta, on rendit le procès au Parlement ; on finit par le supprimer en bannissant du royaume Croissy et ses complices ; quelques récalcitrants avaient encore été exilés pour cette affaire, on leur fit grâce. Ainsi la résistance se ranimait à toute occasion, sous toutes les formes, et les incertitudes du ministre ne servaient qu'à l'enhardir.

Un autre adversaire, le plus indomptable, s'agitait sous les verrous, et du fond de Vincennes mettait les esprits en mouvement à Paris et à Rome. Le cardinal de Retz, dans sa captivité, s'occupait à étudier le grec ; il se divertissait à nourrir des lapins sur le haut du donjon, des tourterelles dans une tour, des pigeons dans l'autre (2). Mais sa patience n'était pas si sincère

(4) Mémoires inédits de Lenei : 24 déembre 4652, 17 janvier 4653. (2) Mémoires de Retz.

qu'il ne travaillât vivement à se délivrer, ni sa prison si étroite qu'il ne pût établir des relations au dehors. Il communiquait avec Condé, l'un et l'autre oubliant la rivalité et les injures récentes par le besoin d'une assistance mutuelle. Il avait d'autres amis à Mézières, à Charleville, au mont Olympe, qui faisaient porter à Mazarin des menaces de toute sorte. Il avait surtout pour lui une partie du clergé, Rome même, et cette faction secrète des Jansénistes, dont le grand art a toujours été de taire le Vx^.ntable mot de ses desseins, de couvrir d'une apparence de vertu et de droit ses entreprises les moins religieuses et les moins légitimes. La détention de Retz sans jugement était contraire aux libertés de l'Église, aux immunités des cardinaux ; à ces causes, dès qu'elle fut connue, le Chapitre de Paris réclama , ordonna des prières pour la délivrance du prisonnier (1) : le pape Innocent X envoya des protestations pour l'honneur du sacré collège. Port-Royal dont la doctrine avait été condamnée à Rome, avait besoin de replacer Retz à la tête du diocèse de Paris pour soutenir les menées de la secte. Dans ce dessein, et pour mieux résister aux décisions doctrinales du Saint-Siège, les Jansénistes pressaient le pape, au nom des droits de l'Église, de leur faire rendre leur protecteur. Ils contribuèrent même plus que personne à changer en persécution religieuse un débat tout politique (2). Le prisonnier embarrassait à chaque pas le

(4) Retz et Guy Joly.

(2) V, au chapitre X les détails de ces intrigues.

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