‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 28 sur 151 · EMBARRAS DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

EMBARRAS DU GOUVERNEMENT

ministre par ses tergiversations, il offrait et refusait tour à tour sa démission, acceptait de vivre à Rome sous la protection du pape, puis retirait sa promesse au moment où le nonce était chargé de la recevoir, ne se proposant par tous ces détours que de gagner du temps et d'attendre l'efTet de ses intrigues au dehors. En même temps circulaient dans le public les excitations, les petits livres qui présentaient une mesure de sûreté comme une violation des droits de l'Église, un homme de bien méconnu, un ami du peuple, comme vip*ime de l'arbitraire. La population de Paris n'était pas alors indifférente aux intérêts ecclésiastiques ; et d'ailleurs elle ne connaissait pas les mœurs du coadjuteur. Il était parvenu, en dissimulant ses désordres personnels^ à se maintenir, aux yeux de la multitude, dans une considération morale dont il se prévalait devant ses confidents, avec un profond dédain du jugement de ceux qui avaient le droit de le mépriser (1). Ces dispositions du peuple faillirent éclater en sédition, l'année suivante, dans une circonstance critique à laquelle nous allons arriver.

Contraint de lutter à la fois contre tous ces ohs-

(1) 11 disait un jour à Guy Joly : « Mon pauvre garçon, lu perds ion lemps à me prêcher. Je sais bien que je ne suis qu^un coquin. Mais malgré toi et tout le monde, je le veux être, parce que j'y trouve plus de plaisir. Je sais que vous êtes trois ou quatre qui me connai^sez et me méprisez dans le cœur; mais je m*en console par la fatisfaciion que j'ai d*imposer à tous par votre moyen même. On y est si bien trompé, et ma réputation est si bien établie, que quand vous voudriez désabuser les gens, vous n*en seriez pas crus; ce qui me suffît pour être content et vivre à ma mode. » (Mémoires de Guy Joly.) louis XIV. — T. n. 6

Si LA FRONDE ESPAGNOLE.

tacles, .Ma/arin les attaqua, selon son savoir-faire, par des moyens divers, mêlant les ménagements à la rigueur, les négociations à la force, opposant Tintrigue à la cupidité, désunissant ceux dont régoisme trouvait plus d'avantage dans la séparation. Ces pratiques ne lui réussirent pas mal pour la campagne de 1634. D'abord il traita avec le cardinal de Retz. Le prisonnier était devenu archevêque de Paris par la mort de son oncle :2I mars IGoi). Instruit de révénement à riieure même où il s'accomplissait, il avait fait prendre possession de son siège par procureur, et institué ses grands vicaires. Mais les instances du ministrele déterminèrent à promettre sa démission si le pape Tacceptait, et à recevoir pour dédommagement les revenus de sept abbayes; en attendant, il serait transféré au château de Nantes, sous la garde du maréchal de La Meil- Icraye (I ). Cet éloiguement donnait au gouvernement un peu plus de sécurité pour le temps où la guerre forcerait le roi à quitter Paris (30 mars). L'argent était nécessaire pour les besoins de l'armée; le Parlement voulut protester contre les édits fiscaux et en délibérer en assemblée générale. Le jeune roi, préludant à cet exercice de l'autorité absolue qu'il devait porter si haut, accourut de Vincennes en habit de chasse, en bottes éperonnées, le fouet à la main (|:J avril l6o4), et, montant à la place du premier président: c Messieurs, dit-il, chacun sait les malheurs qu'ont produits les assemblées du Parlement; je veux les prévenir, et

:;i) Môraoirps de Uclz, Gay Joly, Rapin.

j'ordonne que Ton cesse celles qui sont commencées sur les édits que j'ai apportés, lesquels je veux être exécutés. Monsieur le président, je vous défends de souffrir aucune assemblée, et à pas un de vous de les demander (I). » L'injonction, bien capable de surprendre, ne suffit pas pourtantà prévenir de nouvelles tentatives de réclamations, mais l'intrigue fut plus heureuse. On gagna les magistrats de Paris par des oflres d'argent, qu'ils acceptèrent sans plus paraître se soucier du bien public. On soutira aux États du Languedoc une somme plus forte que celle qu'on leur avait demandée d'abord, en leur faisant craindre d'avoir à loger l'armée de Catalogne (2) . Le prince de Condé ne cessait de secouer la lenteur des Espagnols, d'appeler à son aide les petits princes d'Allemagne ; il faisait arrêter par ses alliés le duc de Lorraine, suspect de se rapprocher de la France (3) ; des agents, des escouades de maraudeurs expédiées par lui, pénétraient dans le royaume, enlevaient les individus isolés, et rançonnaient les villes. Il importait de lui faire bonne guerre. Deux déclarations (lo avril et 27 avril) y pourvurent. La première ordonnait de poursuivre les pillards sans miséricorde; la seconde, enregistrée au Parlement en présence du roi, condamnait le prince à mort, avec ses agents Viole, Lenet, Marsin et Persan (4).

Après le sacre du roi (6 juin), qui, dans ces temps

(1) Motleville, Moniglat.

(2) Mémoires de Gourvillc : V. les détails au chapitre X.

(3) Mémoires inédits de Lenet.

(4) Mémoires inédits de Lenet.

d'incertitude, pouvait être plus qu'une simple formalité, le ministre ouvrit la campagne. Gondé n'avait pu le taire encore, malgré la saison avancée, tant lui donnaient d'embarras ou l'épuisement ou les contradictions de ses alliés. C'était personnellement contre lui que la guerre était dirigée. Mazarin allait assiéger Stenay, qui appailenait au prince, et dont la conservation lui tenait fort au cœur. On donna, dans ce dessein, une assez bonne armée à Fabert ; le roi voulut faire à ce siège ses premières armes, et s'y rendit avec le cardinal. L'armée de Turenne dut se placer sur la frontière de Champagne pour se porter, selon le besoin, au secours des assiégeants, ou vers la Flandre, si rennemi entreprenait ({uelque diversion de ce côté (1). A cette nouvelle, l'alarme fut grande à l'étranger. Gondé pressa les Espagnols d'assiéger Arras pour menacer toutes les acquisitions des Français en Artois. « Si je le prends, disait-il, vous y gagnerez, et moi aussi, avec usure, étant dans vos intérêts et ne voulant pas m'en détacher (2). > On y consentit, d'autant plus que la Flandre offrait de payer les dépenses dans l'espoir de se débarrasser des contributions qu'elle supportait (3). Le siège d' Arras fut formé au commencement de juillet. Aussitôt l'armée de Turenne se mit en mouvement, assura ses vivres, coupa ceux de l'ennemi, et se disposa, non pas pour livrer immédiatement une bataille, mais pour attendre le moment de pénétrer dans

(1) M<^moires de Turenne, liv. IIL

(2) Mémoires du comte de Brienne.

(3) Mémoires inédits de Lenet.

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