Ë6E D'ARRAS
les lignes des assiégeants. Turenne était persuadé qu'il n*est pas nécessaire de lancer tout d* abord les Français en avant, parce qu'ils ont la même patience que les autres quand ils sont bien conduits (1). Gondé comprit, dès qu'il eut aperçu Turenne, le danger que cette approche lui faisait courir; s'il en eût été cru, les Espagnols auraient, sur-le-champ, attaqué ce redoutable adversaire; mais il n'en fut rien (8). Au lieu d'agir, les amis du prince aimaient mieux calculer leurs motifs d'inquiétude*, un d'eux écrivait (13 juillet) : < Le siège de Stenay est fort avancé, et je doute que nous puissions prendre Arras, car le maréchal de Turenne fait tous ses efforts pour l'empêcher ; en vérité, toutes ces affaires de Flandre ne vont pas de la sorte que nous nous le persuadions. Son Altesse n'a pas petite afïaire; toutes ses troupes sont ruinées. Après la prise de Stenay, nous pourrons dire adieu à Clermont; Ton nous menace du siège de Uocroi. Dieu nous assiste des Anglais ; ensuite une bonne paix (3). »
Ils eurent un moment l'espérance de sortir d'embarras par les dissensions intérieures de la France. Le 8 août, le cardinal de Retz s'échappa de sa prison de Nantes ; il avait prévenu les curés de Paris par une lettre, ses amis avaient préparé sa fuite; on comptait, dès son retour, sur un soulèvement du peuple niecon-
;1i Mémoires de Turenne.
(2) Lettre de Turenne à Lelellier : k Des prisonuiers de rennemi dirent aux nôtres que Monsieur le Prince avait voulu venir au-devant de l*armée, mais que les Espagnols avaient désiré de continuer le siège. »
(3j Mémoires de Lenet : Lettre de Longchamps à Saiat-Agoulin.
tent de la prolongation de la guerre et de Tincertitude de la situation. Dès que la nouvelle fut connue à Paris, on chanta le Te Deum ; le cure Duhamel se distingua entre les autres par l'expression de sa joie : « Nous le € reverrons, ce cher et aimable prélat ; j'irai moi-même € le trouver de votre part et lui embrasser les ge- « noux. > Le prince de Condé, du siège même d'Arras, fit porter ses félicitations au captif délivré (1). Mais l'illusion dura peu. Le fugitif, poursuivi par les gardes, était tcTmbé de cheval et s'était démis l'épaule. Pendant qu'on l'attendait à Paris, ses amis, après l'avoir caché dans une meule de foin, le conduisirent à Beaupréau dans sa famille, d'où il gagna Bellc-lslc-cn-Mer, puis l'Espagne, -sur une barque de pécheurs conduite par cinq mariniers. D'autre part, Slenay avait capitulé dès le 6 août ; les troupes qui avaient été retenues à ce siège arrivèrent pour contribuer à la délivrance d'Arras. Renforcé du corps du maréchal d'IIocquincourt, et combinant ses efforts avec lui et avec le maréchal de La Ferté, Turenne occupa les environs d'Arras d'où les assiégeants tiraient leurs convois ; puis , dans la nuit du %5 août, il attaqua les lignes ennemies. La surprise, la terreur fut si grande du côté des Espagnols, qu'ils firent une assez molle résistance. Condé parut un moment avec la pensée de les soutenir, et Turenne reconnut sa présence à un mouvement qui lui donna de l'inquiétude. Mais le désordre était si considérable, que Condé lui-même dit à l'archiduc Léopold qu'il
(4) Mémoires de Rciz. Joly, Rapin.